Je recouvrai peu à peu la santé; appuyé sur son épaule, car elle grandissait très-rapidement, je pus faire le tour du parterre, puis du parc; nous allâmes nous asseoir au bord de son ruisseau, qui lui avait paru si grand jadis, et qu'aujourd'hui elle franchissait d'un bond comme une jeune amazone. Nous visitâmes ensuite le pays dans un petit panier traîné par un poney très-doux qu'elle conduisait elle-même, et toujours ensemble, heureux de ne pas nous quitter, nous vécûmes dans un cercle enchanté.

--Tu es toute ta mère! lui dis-je un soir, touché jusqu'aux larmes pendant que, penchée sur moi, elle cherchait la page dans mon livre pour épargner un peu de fatigue à mes yeux vieillis.

Suzanne me regarda soudain; ses yeux bleus pleins de tendresse, de bonne volonté, de douceur soumise, débordèrent de larmes pressées, et elle se laissa glisser à genoux sur le tapis.

--Qu'as-tu? lui dis-je étonné, en la serrant dans mes bras.

--Tu ne m'en veux donc pas, mon père chéri? me dit-elle. Tu ne m'en veux donc pas d'avoir fait mourir maman à la peine?

--Quelle idée! ma Suzanne, mon enfant; d'où te vient cette pensée cruelle?

--C'est que, vois-tu, dit-elle en essuyant ses larmes qui coulaient malgré elle, j'ai pensé bien des fois que c'est ma faute si elle était morte, et je te trouvais si bon de ne pas m'en vouloir, de ne me l'avoir jamais reproché!....

--Reproché! ma Suzanne, mais tu l'as remplacée; mais, grâce à toi, je ne me suis jamais senti seul! Oui, tu es bien la vraie fille de ta mère!

Nous mêlâmes nos pleurs, je ne rougis pas de le dire.

XIII