--Pardonne-moi, murmurai-je h la chère ombre évoquée par moi. Pardonne-moi; je croyais bien faire!
Un rire qui ressemblait à un sanglot me fit lever la tête; j'entendis un bruit confus, la porte de mon cabinet s'ouvrit toute grande, et une forme féminine parut dans l'écartement des rideaux.
--Papa! cria faiblement la voix de Suzanne, elle franchit d'un bond l'espace qui nous séparait et tomba sur mon cou, riant et pleurant.
J'entrevis Pierre qui s'essuyait les yeux du dos de la main et qui refermait discrètement la porte.
--Papa! cria Suzanne d'une voix étouffée par l'émotion. Tout droit du chemin de fer! Voilà!
Elle me couvrit de baisers et reprit sans s'interrompre:
--Oh! le vilain père! il est affreux! Il a des cheveux blancs! Tu t'es donc fait teindre? Tiens, regarde comme tu es laid!
Elle tournait ma tête vers la glace, et je m'aperçus alors que j'avais blanchi depuis l'époque de son mariage.
--Ça ne fait rien, reprit-elle sans me laisser le temps de parler, tu es beau tout de même, je t'aime comme ça.
Elle sourit, me regarda, passa ses doigts mignons dans mes cheveux blancs et fondit en larmes, en cachant sa tête blonde dans mon cou.