François m'a vu; ce brave garçon m'a serré la main (la gauche), avec une émotion qui m'a gagné. Je vous enverrai mon frère ce soir, chez madame de Nimerck, il vous donnera plus de détails.
Adieu, je vous aime de tout mon cœur; j'embrasse avec tendresse ma petite Hélène; j'espère que les fleurs et les épingles de perles fines lui auront fait plaisir.
PHILIPPE.
P.-S.—Le secrétaire se permet, chère madame, de vous saluer ici respectueusement et de tout son cœur en attendant ce soir.
JACQUES DE LUZY.
CCXXVI
Denise à Philippe.
Lundi 5.
Votre frère m'a tout raconté, hors le pourquoi de ce duel et je n'ai pas osé l'interroger... Ma seule inquiétude d'ailleurs c'était, c'est vous. Vivre seul avec un domestique lorsqu'on est blessé, ce n'est pas vivre. Je me morfonds à l'idée qu'il m'est interdit d'aller vous voir; j'enrage contre les conventions mondaines qui n'empêchent pas la réalisation du mal et interdisent la manifestation du bien. J'aurais tant de plaisir à vous rendre des soins capables de vous distraire!
Laissez-vous toujours voir par François; il bourre ses yeux de souvenirs qui nous intéressent, même nous amusent, Hélène et moi. Il dépeint l'emmaillotement de la gouttière soutenant le bras... nous voilà émues. Il saute de là pour dire: «Il y a sur la cheminée le portrait de notre petite mademoiselle à côté d'un petit chien qu'on dirait en sucre verni et peint.»—Mon Hélène, joyeuse, s'écrie: «C'est mon beau petit chien en saxe que j'ai donné à mon grand toutou de Phillip, quand j'étais petite(!) et il l'a encore? bon Phil! il ne l'a pas encore cassé en jouant avec...» Et, devenant sérieuse et grave: «Vois-tu François, il m'a promis de garder son portrait toute sa vie:»—François, ahuri, ne comprend plus rien, les adjectifs de tite-Lène s'accordant, dans la conversation, comme ils peuvent.
Adieu, cher malade; nous pensons à vous, trop.