Non seulement aussi, la terrible chaleur qu'il fait explique qu'on ne veuille pas traîner à Paris mais, de plus, Chevrignies à dû tenir au cercle de vagues et absurdes propos que s'est empressé de redire, dans la famille, mon imbécile de beau-frère. Voici la scène qui s'est passée hier chez Alice et dont l'ironie m'a frappée: Aprilopoulos, avec naïveté, nous raconte que Chevrignies est parti pour Bade le surlendemain du duel.

—Du reste, vous devez le savoir aussi bien que moi, mesdames, il n'a pu s'en aller sans prendre congé de vous; n'était-il pas dans votre loge le soir de la provocation?

MOI.—Ah! c'est au concert que ces messieurs?...

APRILO.—Mais oui; il paraît que Luzy console une amie de Michel; elle était en face de lui avec son nouveau protecteur. Michel, énervé de les voir là, a quitté un moment votre loge; Philippe, voyant cela, n'aurait pas dû sortir de la sienne dans les conditions où il se trouvait, si rapide successeur de Chevrignies. C'est alors qu'ils se rencontrèrent dans le couloir; ils échangèrent des propos blessants; le lendemain, Luzy envoyait des témoins à Chevrignies et vous savez le reste. Quelle sotte aventure! pour une petite dame... c'est tout un roman.

SUZANNE.—Oh! le vrai roman n'est pas seulement là; le vrai roman, mon cher, c'est autre chose...

ALICE.—Suzanne, tu devrais les ignorer ces choses; je regrette, monsieur Aprilopoulos, que vous ayez parlé devant ma fille...

SUZANNE.—Maman, je vous en prie, ne soyez pas si correcte; j'ai vingt-quatre ans, je ne suis pas une enfant. L'âge de ne pas ignorer ces choses, à moins d'être une sotte, est venu pour moi.

Alice a répliqué je ne sais quoi à sa fille, sans la faire taire d'ailleurs. La discussion a bifurqué; je ne me suis pas avisée de la remettre sur le chemin du duel; j'étais troublée un peu, ayant encore eu là une belle occasion de ne pas annihiler mes inquiètes palpitations.

Étant donnés ces événements, je ne puis pas rester à Paris et y attendre votre convalescence; ce serait sujet à interprétation malveillante, et puisque vous avez fait de moi une honnête femme, encore est-il d'une certaine utilité que je paraisse telle au public... Ah! quel mal on a à garder une chère amitié fervente!

Ma belle-mère, ma sœur Alice, Suzanne, descendent à Royat chez Servan, au Grand-Hôtel. Pourquoi n'y viendriez-vous pas en convalescence? C'est à deux pas de Fontana. J'irai chaque matin faire mon traitement et plonger tite-Lène dans la piscine; nous nous rencontrerions. L'après-midi vous monteriez chez les Danans, vous psychologueriez avec le beau Paul. Enfin, voyez à arranger cela...