Je ris, songeant à ces combinaisons proposées, si lointaines de vos propres combinaisons, peut-être? Ah! pauvre moi!
CCXXIX
Philippe à Denise.
11 juillet.
Mon amie,
Avant votre départ, je veux vous envoyer un mot; pardonnez cette écriture difforme; je me suis souvenu avec joie tout à l'heure que, dans mon enfance, j'étais gaucher et, bien qu'assez stupidement on ne m'ait pas appris à me servir de mes deux mains, vous bénéficierez de quelques beaux restes d'instinct.
Je ne me suis battu, ma chérie, ni pour vous, ni pour elle, voilà la vraie vérité. Je me suis battu égoïstement pour moi, parce que ce monsieur m'agaçait. Je m'en suis aperçu tout à coup, et ça m'a fait du bien de détendre mes nerfs dans l'échange de ce coup d'épée.
Voilà une psychologie à cent lieues de celle de l'aimable effleurée Suzanne; elle la surprendrait bien.
Ce duel s'est dressé inopinément entre nous; il a surgi sans raison. Ce n'en est pas une que de succéder à un ami de cercle, dans la vie de ces demoiselles; nous nous les repassons ainsi, plus ou moins; Michel avait là une part d'actionnaire que j'ai rachetée temporairement, et c'est tout. La funeste imagination des âmes sensibles découvre, dans ce simple fait, trop de choses qui n'y sont pas.
Si j'ai, par nonchalance, laissé croire à cette charmante horizontale qu'elle valait quelques gouttes de mon sang, c'est galanterie pure. La pauvrette s'en est fait honneur. J'ai eu la charité de lui laisser ses illusions. Dans ce monde-là elles croient que ça les pose, un duel...
Mais vous, mon amie, il faut que vous sachiez la vérité; elle est tout entière dans ce que je vous ai dit: je me suis battu pour moi.