Ne me demandez pas de vous analyser ce sentiment plein d'égotisme en somme. Mon pococurantisme s'est secoué une seconde; Michel était sous ma main; avant qu'il ait eu le temps de s'ébrouer il avait reçu l'algarade. Et voilà.

J'irai vous voir non à Royat, mais à Nimerck. Sachez tout: j'ai promis d'emmener en Suisse la jeune femme en question; la vue de mon sang pur lui a fait rêver la neige des glaciers.

J'espère vaguement qu'elle me sera soufflée là-bas par un riche touriste anglais; elle a le tête-à-tête un peu lourd et je suis habitué à plus de finesse de compréhension à mon ordinaire. Au travers d'elle, Chevrignies me poursuit et m'embête encore.

La rupture me sera facile; elle s'annonce déjà bien, la mignonne m'ayant dit ce matin—à propos de bottes—: «Eh bien, vrai! et moi qui t'croyais plus riche que Che-che... en voilà une histoire!»—Pardonnez l'horreur de cette citation, mais elle me paraît, dans la forme et le fond, devoir éclairer d'un jour tout nouveau pour vous l'état d'âme où nous sommes, l'ange du mal et moi. Che-che, vous savez, c'est Chevrignies.

Adieu; prenez des forces à vos eaux, ma chère brune aimée; ma main gauche est rompue; adieu encore... Écrivez-moi et attendez sans impatience mes réponses, maintenant que vous savez ce qui s'est passé, ce qui se passe au fond de mon cœur; les intermédiaires entre vous et moi m'assomment, et puis je ne sais pas dicter.

Adieu; baisers à Hélène et à vos mains pâles, mon cher bonheur.

CCXXX
Denise à Philippe.

13 juillet.

Adieu à vous aussi. Mère part dans peu de jours pour Nimerck; si votre cure d'amour est finie avant ma cure d'eau, elle vous y recevra et vous m'y attendrez. Adieu. Hélène vous rend vos baisers.

Miss May prépare, en vraie Anglaise, et sur ma table qui bouge, les douze colis qu'elle tient à emporter à la main.