Je vous en conjure, Denise, prenez pour vrai le trouble dont s'est embelli l'isolement de ma vie, il m'a guidé lentement mais sûrement vers vous, et n'opposez plus une si grande résistance à la débilité naturelle des pauvres affections humaines. Ne perdons pas l'occasion de coudoyer le bonheur.

Quand un homme de ma sorte est «pénétré d'une parfaite componction, le monde entier lui est alors amer et insupportable», dit le divin livre. J'ai, pour la première fois et pour vous seule, ressenti cette componction... Denise, ma rebelle aimée, tout mon amour est à jamais à vous, l'âme choisie.

LII
Denise à Philippe.

15 août.

«Je me suis éloigné, j'ai fui et j'ai demeuré dans la solitude...»

Le divin livre dit aussi cela et j'en fais mon irrévocable réponse.

N'insistez plus, mon ami; c'est déjà si douloureux de vous perdre!

LIII
Philippe à Denise.

Saalfelden, Tirol autrichien, 22 août.

Il n'eût pas été juste, madame, que mon amour vous condamnât à l'exil. Le monde, dont vous vous souciez parfois si extrêmement, aurait pu s'étonner d'un séjour prolongé dans vos terres cet automne, cet hiver.