La porte donnant sur le salon retentit de coups précipités, et dans un choc, céda. A ce bruit qu'elle guettait, Magda retrouva sa force de volonté. Elle sortit du cabinet de toilette et se trouva en face de Mirbel qui, voyant comme dans un éclair le désordre de la chambre, sa femme en robe de nuit froissée, ouverte sur la poitrine, le visage défait, avec l'étrange aspect que lui donnaient ses cheveux coupés; convaincu de sa trahison, l'ayant vue refermer rapidement la porte et sembler en vouloir défendre l'entrée en la couvrant de son corps, les bras étendus, Mirbel, fou de rage, tira sur elle presque à bout portant deux coups de revolver. Des gouttes de sang perlèrent sous le sein gauche de Magda et tachèrent la valencienne et la batiste de son peignoir. Elle fit quelques pas, s'affaissa à genoux sans un cri. Son corps mince et souple tomba, inerte, sur la fourrure blanche de la descente de lit.

Elle était morte.

Mirbel se précipita dans le cabinet de toilette à la recherche de l'amant et resta atterré devant l'ordre qui y régnait, faisant contraste avec le désordre de la chambre. Nulle possibilité ni trace d'évasion. Les triples rideaux de soie des fenêtres avaient, en leurs plis, l'immobilité rigide et chaste d'une nappe d'autel; nulle porte, nul recoin pour s'enfuir ou se cacher. Terrifié, il rentra dans la chambre. Ses yeux hagards, à force d'interroger les objets, aperçurent une grande enveloppe sur la cheminée avec cette suscription:

«A monsieur Leprince-Mirbel.»

Il se précipita; ses mains tremblaient. Il brisa le cachet et lut:

«Ne vous accusez pas de ma mort, je me suis tuée volontairement, dégoûtée de la vie, n'ayant plus la force ni le courage de la subir. C'est moi qui vous ai écrit la lettre qui arma votre main. Pardonnez-moi, comme je vous pardonne, le mal que nos natures si différentes se sont fait, et vivez sans remords: vous n'êtes pour rien dans la suprême détermination que j'ai prise.

»MAGDELEINE.»

Leprince-Mirbel resta un temps les yeux fixés sur la lettre, reconstituant les péripéties de ce drame. Puis, ayant vaguement compris, il s'approcha de Magdeleine, la souleva avec effort, la posa doucement sur le lit et la contempla. Le sang qui fluait en mince filet des lèvres de la morte, immobilisées comme dans un sourire, s'échappa tout à coup avec plus d'abondance. Mirbel voulut l'étancher; ce geste l'ayant mis en contact avec la chair tiède de sa femme, il se jeta en sanglotant sur le lit où, pâle, redevenue jeune et belle dans le calme de la mort, Magda semblait dormir.

FIN