Dans cette attente, une exaspération la prenait et elle n'était plus défaillante. Absorbée par le désir croissant d'en finir, elle ne tenait plus en place. Prise d'une rage contre l'homme qui retardait sa délivrance, elle criait, étendue sur son lit, la tête enfouie dans les oreillers:
—Le lâche, le lâche, il ne viendra pas; non, non. Ah, je veux mourir, je veux mourir!
Sa voix s'entrecoupait de sanglots haletants et sans larmes, étouffés comme une plainte d'amour.
Tout à coup elle entendit des pas précipités, la serrure grinça... la porte qui donnait sur le couloir fut ébranlée violemment et, du dehors, la voix de Leprince-Mirbel cria, terrible:
—Ouvrez, Magdeleine, ouvrez... je vous l'ordonne... mais ouvrez donc!
Elle se dressa, pâle, et murmura: «Enfin!» bien que son cœur se prît à battre à lui faire perdre le souffle.
Mirbel s'acharnait à la porte... Magdeleine, rapidement, se leva, ferma brusquement le cabinet de toilette; ce bruit redoubla l'exaspération de son mari; il hurla:
—Ah! il s'enfuit, le misérable!
Puis un silence se fit.
Magda comprit que son mari, suivant de point en point la tactique qu'elle avait prévue, se dirigeait vers le salon. Alors, il se passa en elle quelque chose de bizarre: prise d'une peur instinctive, prête à défaillir, elle courut s'enfermer dans le cabinet de toilette.