—Non, tante Rose, pas vous, mais les événements qui ne sont pas toujours plus sages que les hommes, quoi que vous en disiez. N'en parlons plus... Je viens d'écrire à mes fidèles, j'espère donc en voir arriver quelques-uns demain. Le pavillon est prêt?

—Oui, mon enfant.

—Merci, tante, de songer à tout. Demain il faudra que le cocher reprenne son service des trains avec le landau.

—Magda, sais-tu ce que l'on dit au village?

—Non. Et, de plus, cela m'est si égal!...

—Eh bien, on dit que tu n'aimes que la société des hommes, et on appelle ces messieurs «tes hommes».

—Ça, c'est amusant... Mes hommes!... la formule est un peu brutale, mais juste. Eh bien, tante, mes hommes viendront probablement demain et, comme je veux être toute à eux si, par hasard, quelques-uns s'avisent de prendre le train de trois heures, je vais faire aujourd'hui mes deux dernières visites d'arrivée: madame d'Istres et madame Montmaur. Adieu, tante Rose.

Magda quitta le salon, monta dans sa chambre, et, s'étant coiffée d'un grand chapeau, prit son ombrelle, ses longs gants de Saxe, puis redescendit, légère, le vaste escalier de pierre à double évolution. Elle se rendit jusqu'à l'église et eut vite atteint la propriété de madame d'Istres.

C'était une voisine aimable, adorant la jeunesse, et dont la maison ouverte, hospitalière, regorgeait toujours de monde. On venait là jouer au tennis, au cricket; c'était un lieu de réunions brillantes et bruyantes; madame d'Istres avait trois filles, de seize, dix-neuf et vingt et un ans, qui aimaient l'excentricité et les exercices violents.

Il y avait eu, de tout temps, sympathie entre les deux maisons, à cause peut-être de la vie si différente qu'on y menait. La fusion en formait pour chacune d'elles un élément nouveau, non sans charme, surtout à l'arrière-saison, alors que les journées courtes et les longues soirées deviennent facilement monotones.