A son tour, Philippe s'était levé.

—Mais oui, je l'aime...

—La facture en est un peu lâchée, pourtant; et puis il a aussi un peu trop de trucs...

Elle fit un petit mouvement de tête, étonnée et comme choquée qu'on attaquât le talent d'un de ses amis. Philippe dit:

—Oh! c'est vrai! Il est votre ami... je vous demande pardon, madame!

Une porte s'ouvrit. Madame Montmaur entra. Elle regarda alternativement le visage de Magda et celui de Philippe, tout en répandant un flux de paroles aimablement sèches. Madame Leprince-Mirbel, à qui n'échappa pas cette nuance, se tourna vers Philippe. Il avait repris son expression morne et froide de beau sphinx, elle ne put lire la pensée qui lui avait dicté son: «Il est votre ami», dit la minute précédente.

La conversation roula, banale, sur quelques voisins et sur les nouvelles transformations de la propriété:

—Oui, chère madame, mon fils m'a tellement tourmentée que je me suis décidée à lui faire construire un atelier au fond du jardin, au bord de la rivière. Voilà pourquoi vous y avez vu cet amas de pierres et de briques. Mon salon me sera rendu: je n'en suis pas fâchée à cause de l'odeur de l'essence... Ah! vous ne savez pas ce que c'est que d'avoir un grand fils comme ça! C'est un maître dans la maison maintenant, car il a vingt-quatre ans!... Vous avez quelques années de plus que lui, n'est-ce pas, chère enfant?

—Quelques? Certes,—dit en riant Magdeleine,—j'en vais avoir trente-six la semaine prochaine... et même à ce propos, si vous voulez bien venir dîner jeudi avec nous pour fêter ce triste anniversaire, vous nous ferez grand plaisir, chère madame.

—J'accepte de tout cœur. Comme le temps passe! Le fait est que Philippe avait quinze ans à peine lorsque nous avons acheté cette propriété. Vous en aviez vingt-sept. Mon Dieu! que vous étiez triste et seule, alors... Mariée si mal! Pauvre enfant! Heureusement vous vous êtes ressaisie et avez arrangé votre vie...