—Je m'en vante; c'est peut-être ma seule qualité.

Magdeleine s'était levée et se promenait de long en large; elle s'arrêta un moment, s'accouda à la balustrade de pierre du balcon et resta immobile dans une muette contemplation. Marie-Anne la rejoignit; elle entoura de son bras la taille mince et flexible de son amie et lui mit un baiser dans les cheveux. A ce moment, quoique nul souffle de vent ne passât dans l'air, elles virent toutes deux remuer le feuillage d'un massif, à gauche de la pelouse, du côté de la rivière. D'instinct, elles se serrèrent la main.

—Qu'est-ce que cela? interrogea à voix basse madame Danans.

—Le sais-je?

—Peut-être un domestique ou un jardinier? Ou... un voleur?

—Tout est fermé en bas. Pourtant il faut voir. Va chercher mon revolver qui est posé sur la cheminée de ma chambre, à gauche... Ensuite tu sonneras trois coups, tu éteindras les lumières et avertiras Nicolas qui va monter; c'est lui qui répond à cette sonnerie.

—Je te laisse seule?

—Rien à craindre à cette hauteur et puis je guette; mes yeux sont accoutumés à l'obscurité; va, Mie-Anne!

Madame Danans s'éloigna. Le buisson ne bougeait plus. Voyant s'éteindre les lumières derrière elle, madame Mirbel, un peu nerveuse, cria:

—Qui est là?—Répondez, ou je tire!