Magda secoua le recueillement qui l'envahissait et descendit à son tour au jardin. Sur un banc madame Danans l'attendait, causant avec Tanis.

—Tu as chanté merveilleusement, chérie, s'écria Marie-Anne en l'apercevant; ton mari vient de le proclamer avec un enthousiasme... amoureux!

—Brrr! Tais-toi, tu me fais frissonner! Ah! le personnage est malin; il veut que j'aille en Russie avec lui et prépare l'entraînement.

—Voulez-vous mon avis, princesse? dit Tanis. Eh bien, je me défie de ce voyage. Quelle mouche le pique de vouloir vous emmener? Il doit y avoir là-dessous une jolie traîtrise.

—Peut-être... ma résolution est de l'accompagner pourtant!

Marie-Anne et Tanis, d'un même élan, se levèrent et dirent:

—Ce n'est pas sérieux?

—Mais si, très sérieux.

—Qui vous y pousse ou vous y entraîne?

—Eh! le sais-je? Ne cherchez pas à comprendre mes raisons, mes amis, sinon je réédite l'aphorisme célèbre: «Le cœur a ses raisons que la raison ne comprend pas.» Vous souriez, Tanis: je ne me reprends pas à aimer mon mari, comme vous m'en avez souvent menacée. J'ai besoin de faire changer d'air à mes idées, j'ai besoin aussi que vous me regrettiez un peu,—dit-elle en souriant.—C'est peut-être une coquetterie... Les coquetteries de cœur ne me sont-elles pas permises avec vous? Enfin j'y suis décidée.