—La princesse est étonnante, disait Tanis; elle semble avoir vingt ans sous ce grand chapeau, avec ses cheveux épars. Quelle exquise nature... quelle vitalité, quelle grâce et quelle souplesse de mouvements! Elle joue comme si elle n'était pas tout simplement le plus admirable cerveau que je connaisse. «Diversité», c'est sa devise et son charme. Elle est, à quatre heures, une jeune fille, le soir, un philosophe.

La partie gagnée, Magda alla vers un cerisier, loin des groupes, et commença de relever ses cheveux, tandis que Philippe, à deux mains, du bout des doigts, tenait devant elle sa petite glace en or.

—Hein?... quelle victoire, Philippe! battus, les forts! et par nous deux encore! Aussi j'ai une chaleur et une soif! Donnez-moi des cerises, dites?...

Il abandonna la glace et, d'un bond, ayant atteint une branche, il la fit ployer jusque devant Magda qui en cueillit quelques bouquets. Au moment où il allait lâcher le branchage, elle s'écria: «Oh! cette belle-là encore!» Et le rameau incliné jusqu'à son visage, ses mains étant pleines, elle tendit la bouche et prit le fruit brillant entre ses dents. Mais le bras fatigué de Philippe laissa échapper la branche; la cerise cueillie par les lèvres de Magda, et qu'elle tenait à peine emprisonnée au bord de sa bouche, tomba par terre.

Philippe s'agenouilla, la ramassa sur l'herbe, puis, regardant la jeune femme, lentement il mangea la cerise.

Magda, troublée, ne dit rien, craignant de rompre l'émotion exquise, pleine de jeunesse et de vie, qu'elle sentait en eux.

Le meilleur de l'amour n'est-il pas contenu dans ces puériles joies des plus petites choses?

Elle s'imprégnait de Philippe chaque jour davantage, s'accoutumant à ses furtives tendresses de gestes. Leurs frôlements semblaient si naturels qu'elle n'en ressentait qu'une vive douceur, sans appréhension ni crainte. Dans le cœur resté libre de Magda, l'amour chaste de Philippe s'était doucement insinué et le remplissait tout entier.

Ce séjour en pleine nature devint pour eux une longue série de joies infinies, sans nom. Leurs émotions eurent les enivrements de l'amour sans en avoir les tourments, et comme l'infini est le domaine du cœur, cet amour se développa, saturé de délectables sensations, sans vides et sans bornes, s'y épanouit comme deux fleurs divines nées sous le même souffle, à la même heure. Et Philippe et Magda auraient pu dire: «Une âme est en mon âme.»

Nul ne s'était aperçu de cette nouvelle tendresse qui éclosait sous les pas de la jeune femme, tant chacun était habitué à la traiter d'une façon câline et aimante. Une seule fois, Tanis lui dit: