—Princesse, je ne vous ai jamais vue être aussi femme; que se passe-t-il qui vous change et, par instants, m'affole? Ah! Magda, si vous aviez voulu...
Ce fut la seule remarque qui eût pu mettre Magdeleine en garde contre le nouveau sentiment qui l'envahissait, encore le pouvait-elle?
Sa vie continuait donc d'être douce et tranquille. Marie-Anne, en habile maîtresse de maison, savait, pour chacun, varier et multiplier les distractions. Une châtelaine voisine lui aidait à renouveler les parties en attirant aussi chez elle ses invités. Madame de Barjols avait sa propriété à trois quarts d'heure à peine de Fontana. On y arrivait par un chemin de montagne tracé en plein bois. La route était si jolie, qu'on la faisait volontiers deux ou trois fois par semaine; son lawn-tennis devint presque aussi suivi que celui de Fontana. Un jour qu'on devait s'y réunir, Magdeleine s'étant attardée à écrire, avait prié qu'on ne l'attendît pas pour partir.
Seule dans sa chambre, son courrier terminé et craignant d'arriver trop en retard, elle se hâta de quitter sa robe de foulard pour revêtir le costume de flanelle et les souliers plats des joueurs de tennis. Fugeret s'était chargé de sa raquette. Vive et rapide, elle descendit les escaliers et resta tout étonnée de voir le sol détrempé; une pluie d'orage était tombée sans qu'elle s'en aperçût.
—Je vis donc dans les nuages maintenant? comment n'ai-je rien vu ni entendu?
Plus elle avançait dans le chemin sous bois, plus tout ruisselait d'eau. Les mousses en étaient gonflées. Chaque brin d'herbe ployait sous la goutte de diamant irisée par les rayons de soleil qui transperçaient la haute futaie. La pimprenelle parfumait l'air et, parfois, d'un arbre à fruits sauvages encore sans feuilles, épuisé par tant d'eau, neigeaient des pétales blanc rosé sur la terre. Les écureuils sautaient dans les branches hautes, les oiseaux chantaient. Magda jouissait de ces choses. Elle sentait son cœur se dilater et eût voulu prolonger sa promenade solitaire.
En arrivant dans la propriété de madame de Barjols, surprise de ne voir personne au tennis, elle se dirigea vers la maison et entra au salon, cherchant des yeux les raquettes. Elles étaient alignées sur la table, près d'une fenêtre.
—Personne? murmura Magda, et une flambée dans la cheminée pour sécher les promeneurs au retour, sans doute... Mais où peuvent-ils donc être tous?
Elle s'avançait vers les raquettes, lorsque, en approchant, elle vit la sienne couverte de merveilleuses roses-thé. Prenant les fleurs dans ses mains elle respira avec ivresse leur senteur pénétrante. En se retournant pour s'en aller, Philippe lui apparut, debout, au fond de la pièce.
—Ah! fit-elle, vous étiez là?