—Oui. Je vous attendais. Les autres ont préféré faire une promenade, l'averse de tantôt ayant rendu le sol du tennis impraticable. Je suis resté pour vous prévenir et vous conduire vers eux... à moins que... Ah! madame, madame, je vous en conjure, écoutez-moi!
Alors, prenant ses mains, la forçant de s'asseoir sur le canapé près du feu, d'une voix basse, il dit son grand amour.
Elle écoutait, tremblante; de temps en temps elle niait les choses qu'il disait:
—Vous croyez m'aimer... C'est folie! Je suis plus âgée que vous de douze ans... Je suis vieille, Philippe, croyez-moi, c'est un caprice d'enfant... Une fois de retour à Paris, vous n'y songerez plus.
Mais il ne l'écoutait pas. Il racontait la tendresse que, depuis deux ans, il éprouvait pour elle; comment cela était né en lui doucement, au point qu'il ne voyait plus qu'elle au monde, et comme elle lui paraissait fine, intelligente et belle...
—Vous m'avez formé l'esprit et le cœur sans vous en douter. Je ne me plais que là où vous êtes. J'ai besoin de vous voir, de vous sentir près de moi pour être heureux. Je ne suis pas digne de vous, pourtant, j'en ai conscience. Qu'importent nos âges, qu'importe tout!... je vous aime, madame, je vous adore... Le moindre de vos gestes m'emplit le cœur d'amour... que faut-il dire pour vous convaincre... hélas, je suis un enfant... Eh bien, lisez dans ces yeux d'enfant, lisez dans cette âme d'enfant, le grand amour de l'homme, et ne me laissez plus si abominablement, si cruellement souffrir...
Il était à genoux et lui entourait la taille de ses bras; son visage, renversé en arrière, se montrait dans toute sa beauté d'homme rebelle à la douleur d'aimer. Pâle, les yeux cernés et comme noyés de larmes, la bouche crispée, les lèvres entr'ouvertes et laissant voir la blancheur des dents, tout haletant d'un désir fou, il enserrait doucement Magda et se soulevait insensiblement vers sa bouche.
Elle, le cœur battant, effarée, folle d'une ivresse montante faite de désirs contenus, de tentation et de surprise, ferma les yeux, ne sachant plus se défendre, et laissa les lèvres de Philippe se poser sur les siennes.
Ce fut un long baiser qui les brisa tous deux.
Philippe, suffoquant d'émotion à la réalisation de son rêve, éclata en sanglots. S'arrachant de Magda, il roula sa tête sur les genoux de la jeune femme et, enfoui dans les plis de sa robe, tout bas, il pleura.