Peut-être Magdeleine aurait-elle eu la force de sortir triomphante de cette crise aiguë si elle s'était terminée dans une manifestation différente. Le chagrin de ce jeune homme, ses pleurs que, dans leur affolement à tous deux, elle ne songea pas à discuter, firent plus pour lui que tous les savants propos qu'il aurait pu tenir.
D'un geste doux et lent, elle releva le visage de Philippe, lui mit sur le front un long baiser plein de maternelle tendresse, et dit:
—Ne pleurez plus, Philippe... je vous aime!...
Il se redressa triomphant, et ne vit pas, dans l'attitude et le regard mélancolique de son amie, la douloureuse et muette interrogation que son cœur, son pauvre cœur meurtri déjà et qui reprenait vie, jetait désespérément à l'avenir.
Magda s'était jusqu'ici trouvée si forte contre toute tentation! Certes, elle avait vu des hommes à ses pieds; elle avait senti de rudes désirs l'effleurer; mais, impassible, elle était restée rebelle à des passions autrement éloquentes que celle-ci. Sa force morale l'abandonnait. L'ayant crue énergique pour la lutte, tout à coup elle la sentait bornée. Une cause extérieure invisible, matérielle peut-être et qui restait insaisissable à son raisonnement le plus serré, surpassait cette force, infiniment. Elle souffrait et il lui paraissait délicieux de souffrir cette souffrance.
Philippe, assis auprès d'elle maintenant, l'ayant sentie conquise, en un geste câlin posa sa tête sur l'épaule de son amie.
Le soir était venu. Un grand calme pénétrait du dehors jusqu'à eux. Ni l'un ni l'autre n'osait bouger, de peur de rompre le charme dont ils se sentaient envahis.
Tout bas, comme un enfant interroge sa mère, Philippe murmurait, la bouche sur le cou de Magda:
—Chérie, chérie adorée, vous m'aimez, n'est-ce pas?
Et le rythme de son souffle emplissait Magda de frissons qui se perdaient dans ses cheveux.