Des voix, lointaines encore, se firent entendre. La troupe joyeuse revenait.
Ils se levèrent rapidement, gênés de se trouver dans l'obscurité, honteux de leur attitude langoureuse de tout à l'heure.
Lui surtout, dans la peur d'une surprise, se redressa avec un arrachement d'elle qui serra le cœur de la jeune femme. Ils n'échangèrent ni un baiser, ni une étreinte Philippe passa la main dans ses cheveux pour leur redonner le pli habituel, lissa sa fine moustache et, ayant ainsi secoué l'émotion, la tendresse ambiante qui les unissait et semblait fondre en une leurs âmes, il se trouva correct et prêt à recevoir ceux qui rentraient.
Magda, le cœur engourdi d'amour, incapable d'une force semblable, le regardait surprise et triste. Elle eut l'intuition nette et rapide qu'il en serait ainsi toute leur vie: une tendresse à heures spéciales et, le reste du temps, une froideur de maintien bien douloureuse à accepter et qui ferait Philippe libre d'allures avec toutes, à l'exception d'elle.
Alors, la joie douce ressentie en cette minute suprême d'affolement s'évapora, lui laissant au cœur un grand vide. Tout était fini pour elle... Elle ne se sentait pas capable de se reprendre; le baiser qu'elle avait accepté de Philippe et qu'elle lui avait rendu, la faisait sienne irrémédiablement. Et dans cette détresse d'âme, que Philippe ne vit ni ne comprit, des larmes coulèrent, silencieuses, de ses yeux.
De quelle blessure son cœur saignait-il?
Elle n'aurait su le dire, pourtant sa pensée était écrasée par ce court désespoir.
On entra. Ce fut un léger tumulte d'arrivée, des allumettes craquées pour sortir de la demi-obscurité, des exclamations de les trouver là tous deux, qui donnèrent à madame Leprince-Mirbel le temps de se remettre.
Et lorsque les lumières eurent été apportées, nul n'aurait pu voir que deux vies venaient de se heurter, de s'accrocher, de se souder l'une à l'autre, pour le partage des douleurs plus encore que pour celui des joies.
Les conversations s'entre-croisèrent. Devant tout ce monde, Philippe osa se rapprocher de Magda. Elle s'était levée et se tenait debout devant la cheminée, présentant un de ses pieds à la chaleur du feu renaissant. Elle était charmante d'attitude et semblait recueillie.