La virulente jeunesse de Montmaur ne lui mettait pas au cœur les langoureuses pensées que ressentait son amie; plein d'amour, jouissant de son triomphe, heureux à avoir envie de crier son bonheur à tous, il s'approcha d'elle et, prenant le prétexte d'arranger le feu, il s'agenouilla.
Pendant une minute, il tint le petit pied de Magda dans ses mains puis, levant les yeux vers elle, il sourit et tendit amoureusement ses lèvres en forme de baiser.
Elle fut heureuse de cette prise de possession devant tous, et découvrit avec étonnement la soumission tendre de son être pour celui qu'elle aimait et qui, bien involontairement, l'avait déjà fait souffrir.
L'heure du départ arriva. Une pluie fine tombait maintenant. Dehors, grâce aux nuages orageux, il faisait presque noir. La lune, déjà levée, jetait l'ombre nette des arbres sur le sable des allées, et des perles de pluie scintillaient dans l'herbe des pelouses.
Deux voitures attendaient devant le perron. Marie-Anne monta dans la première, un landau, avec madame Montmaur, Tanis et Fugeret; elle voulait y entraîner Magda, mais Philippe, d'autorité, déclara qu'elle préférait la Victoria.
Ils laissèrent donc passer cette première voiture, et Magda s'engouffra sous la capote baissée de la seconde.
Philippe, profitant de l'obscurité et sous le prétexte d'installer la couverture sur les pieds de la jeune femme, chercha à l'étreindre. Magdeleine eut honte de cette caresse furtive et murmura:
—Non, cher!—d'une voix si harmonieuse que Philippe en fut remué jusqu'aux moelles.
Il demanda:
—Puis-je me mettre entre vous et Paul Danans? je me ferai bien petit, ou préférez-vous que je rentre à pied par la forêt, madame?