Elle ne sut pas résister à la prière de Philippe, la veille de son départ, qui implorait d'entrer le soir chez elle pour convenir de ce qu'ils décideraient l'un et l'autre au sujet de leur future rencontre, et se dire un adieu moins banal et moins froid que celui qu'ils se devraient faire devant tous.
Lorsque Magda rentra dans sa chambre elle dut, pour ne pas éveiller les soupçons de sa femme de chambre, se dévêtir de sa robe du soir; mais, prétextant des lettres à écrire, elle demanda son peignoir, une longue robe de crêpe mauve, où la mousseline de soie mettait autour du col ouvert et des manches courtes l'envolement de nuages transparents. Ses mules passées aux pieds, le verrou de la porte laissé ouvert, elle alla s'étendre sur sa chaise longue et attendit.
Enserré par la soie souple et mate, son corps gracile se détachait élégant dans la pénombre de la chambre. Sa tête blonde, posée sur un coussin de velours vert pâle, en recevait les reflets adoucis qui donnaient à son visage des carnations bizarres. Toute enveloppée de grâce, elle avait l'air d'une Willis amoureuse attendant l'être surnaturel qui l'avait charmée.
La jeune femme écoutait les bruits de la maison s'apaiser; peu à peu le silence se fit. Sa respiration courte lui sembla alors si bruyante qu'elle essaya de l'atténuer en aspirant l'air à longs traits. Son corps frissonnait d'une ardeur contenue qui la faisait pâlir. Enfin un bruit imperceptible vint jusqu'à elle, la porte s'ouvrit, Philippe parut.
En le voyant entrer, Magda s'était redressée. Elle ouvrit lentement les bras, Philippe vint s'y blottir et tomba à genoux.
D'abord ils ne parlèrent pas; puis des mots sans suite expirèrent sur leurs lèvres. Affolé d'amour, grisé du parfum de Magda, Philippe, près de s'évanouir sous l'intensité de son désir, se tenait tout contre elle. Peu à peu ils se calmèrent et Magda, tout bas, murmura: «Je vous aime!»
Ses lèvres effleuraient l'oreille du jeune homme; il tourna doucement la tête et reçut sur le front, sur les yeux, sur tout le visage, cette caresse parlée: «Je vous aime...»
Lorsque ces mouvements eurent amené les lèvres de Philippe près des lèvres de l'aimée, ils restèrent ainsi un long temps mêlant leur souffle, s'effleurant à peine, âme contre âme, cœur contre cœur, désir contre désir.
Magda s'arracha la première à cette ivresse; elle passa sa main sur les cheveux coupés court du jeune homme; leur frottement soyeux lui donna un frémissement; elle pensa: «Tout m'est caresse, venant de lui.»
Ils convinrent de s'écrire. Puis, Magdeleine promit de revenir à Yerres huit jours après le départ de Montmaur. Celui-ci, insinuant, demanda: