Magda lui ferma la bouche avec sa main, qu'il baisa. Ils passèrent ainsi deux heures énervantes, brèves, infinies, et se quittèrent dans un arrachement de tout l'être, alanguis d'émotion et de volupté.

Le matin, vers cinq heures, la voiture partit qui emportait à la gare de Clermont, Philippe et sa mère; Magdeleine se leva, mit son peignoir encore tout froissé des étreintes de son ami, et se plaça au balcon pour qu'il l'aperçût. La route passait au loin, devant les fenêtres.

Madame Montmaur était dans le coupé. Philippe, sur le siège, conduisait. En apercevant Magda, il ôta son chapeau et l'agita en signe d'adieu. La voiture disparut au tournant du chemin. Magdeleine, tristement émue, continua de regarder l'horizon. L'humidité de la nuit baignait encore les feuilles des châtaigniers, et les hautes tiges noires des sapins restaient enveloppées de brouillard; le jour était blafard et triste. Elle rentra dans sa chambre qui lui parut vaste, désolée; son chagrin la reprit. Mais comme c'est un des miracles de l'amour de faire trouver des joies aux souffrances qu'il impose, elle éprouva un plaisir secret à voir le sentiment de son existence n'être plus qu'un sentiment d'aspiration vers Philippe.

Les huit jours qui la séparaient de son ami lui auraient paru plus longs s'il ne lui eût écrit tous les jours, d'autant qu'elle ne devait laisser voir à personne qu'il manquait à sa vie. Ces lettres l'aidèrent à garder l'humeur charmante qu'on lui voyait les jours précédents.

Dans la première, datée du lendemain de son arrivée à Paris, Philippe disait:

«Hier, je n'ai pas voulu vous écrire; j'étais trop malheureux, ma lettre vous eût attristée... Je ne cesse de vous voir à votre balcon, où vous avez eu la bonté de vous montrer pour que mes derniers regards s'arrêtassent sur votre être bien-aimé. Un serrement de cœur m'étouffait lorsque la maison a disparu derrière les arbres, sans que j'aie pu vous dire encore adieu. Si vous saviez comme je vous aime et combien je souffre, vous reviendriez vite. Par moments, je crois sentir la brume d'or de vos cheveux effleurer mon visage, je crois contempler votre tendre regard; j'étends les bras pour vous enlacer, ils se referment à vide, la vision chérie s'évanouit et je reste seul, si seul! Ce mot est terrible. Pour la première fois il frappe mon oreille d'un bruit douloureux, sans écho. C'est que je vous aime de toute mon âme, c'est que vous êtes toute ma vie. Revenez, revenez, chère tant aimée, ne prolongez pas ce supplice...»

Magda mit dans sa réponse toute son âme, sa grande et douce âme. Elle coupa une longue boucle de ses cheveux et envoya ainsi un peu d'elle à son ami.

Elle se dit, se souriant à elle-même:

—Comme je suis vieux jeu... Oh, les éternels recommencements des mêmes choses banales et délicieuses!

Philippe répondit à cet envoi: