«Merci, merci mille fois; je n'aurais jamais osé vous demander de détacher un rayon de l'auréole d'or qui entoure votre tête, si chère à mes yeux, à mon cœur. Je vous aime, Magdeleine, ma Magdeleine, et je rage d'être loin de vous. Mon impuissance à vous dépeindre mon amour tel que je le sens, m'exaspère. Ne jugez pas mon âme sur la gaucherie de mon style, considérez mon cœur comme un pauvre muet très dévoué et qui n'est qu'à vous seule, n'a jamais été qu'à vous. Si vous y pouviez voir, vous trouveriez votre image, vous, rien que vous, toujours vous.

»PHILIPPE.»

«Non certes,—écrivait Magdeleine à son tour,—votre cœur n'est pas un pauvre muet, mon ami, mais bien au contraire un cœur très éloquent, très pur, un cœur auquel je crois et que je sens tout plein de moi.

»Mon Philippe, je vous aime. Je vous aime avec l'entraînement, le recueillement, l'ivresse d'un grand, d'un unique amour. Des joies divines nous sont réservées; j'ai senti tout mon être vibrer d'une étrange sorte sous la chaleur de vos baisers.

»Vous m'avez fait oublier, par l'amour, les douleurs de ma vie. Cher, je vous en conjure, que ce sentiment soit grave et fort; c'est sa durée qui, seule, à mes propres yeux peut m'absoudre. Maintenant que vous m'avez révélé cette chose ineffable, je ne pourrais vivre sans vous aimer, sans être aimée de vous. Ce douloureux départ m'a montré que, pas plus que moi, vous n'êtes libre. Il faut donc nous créer un bonheur plein de réserves et de sacrifices; il faut que nous soyons heureux malgré les empêchements, malgré nos amis qui nous guettent, malgré le monde et ses cruelles lois, malgré tous, malgré tout.

»MAGDA.»

Les lettres de Philippe, empreintes d'une ardeur vivement ressentie et naïvement exprimée, faisaient tressaillir de joie le cœur de Magdeleine. A certaines heures, pourtant, elle éprouvait des remords. N'aurait-elle pas dû lutter contre l'envahissement de cette tendresse? Elle s'effrayait de s'en voir imprégnée tout entière, au point de n'être plus maîtresse des mouvements de son âme. Au gré de sa passion elle devenait le fétu de paille emporté par une trombe; son habituelle énergie faiblissait dans la tourmente des espoirs fous et des amères désespérances.

Et, malgré tout, consciente du peu de belles années qui lui restaient à vivre, cette femme bondissait vers le radieux hasard qui plaçait un amour si jeune et si passionné sous ses pas, et elle se donnait dans un de ces élans magnifiques que, seuls, peuvent prodiguer les êtres d'exception, car la vie s'y brûle.

Madame Mirbel persuada donc Tanis et Fugeret de hâter leur retour, et cinq jours après le départ des Montmaur elle arrivait à Yerres. En chemin, ses amis lui proposèrent de l'y accompagner; mais elle exigea qu'ils reprissent leur liberté et qu'ils continuassent leur route vers Paris, la laissant à la station de Brunoy.

Sa joie fut vive, au sortir du wagon, de voir Philippe qui l'attendait. Une charrette était là pour emporter les bagages; elle monta dans le dog-car de son ami et, rapide, le cheval partit au grand trot.