Cette rentrée à la Luzière par les bois, les routes désertes, les ravit; ils se retrouvaient plus tendrement unis que lorsqu'ils s'étaient quittés. Ils discutèrent, dans la tranquillité d'un sentiment partagé, l'organisation de leur vie. Philippe appelait Magdeleine: «Ma femme bien-aimée.» Cela mit un souci au front de Magda qui soupira:
—Songez-vous à l'incomparable bonheur de nous aimer comme nous nous aimons, mais loyalement et le front haut? Hélas! ce bonheur n'est point fait pour nous.
—Qui sait, chérie?
—Même si j'étais libre, n'ai-je pas douze ans de plus que vous, mon beau Philippe?
—Ne dites pas cela! Vous êtes jeune, merveilleusement jeune, tandis que, grâce à mes cheveux aile de corbeau, je parais plus âgé de cinq ans. J'ai donc trente ans, la distance n'est plus si grande.
—Puisque vous m'aimez telle que je suis, je ne regrette rien; soyons heureux, vous l'avril de ma vie, moi l'automne de la vôtre, et jouissons de l'heure présente qui nous est si douce.
Leurs yeux plongeaient dans leurs yeux; ils en restaient extasiés, avec dans le cœur une joie inénarrable.
Philippe avait loué à Paris un rez-de-chaussée: un vestibule, un petit salon précédant une grande chambre et un cabinet de toilette. Il fit tendre le tout de soie mauve, pour garder à jamais le souvenir de la robe que portait Magda le soir de leurs premières intimes tendresses, la nuit des adieux à Fontana.
Philippe expliqua ces choses gravement, en s'excusant, presque confus, car il avait le respect de son idole.
Mais la jeunesse de Magdeleine prête à s'enfuir et qu'elle eût voulu prolonger depuis qu'elle aimait, la poussait à accepter la rapide éclosion d'un amour sensuel; elle se serra câlinement contre lui et, tout bas, demanda: