—Quand verrai-je les folies faites par mon ami?

—Ah! que vous êtes bonne, comme je vous aime. Magda, voulez-vous... demain?

—Demain? c'est bien tôt pour que j'aie le prétexte de me rendre à Paris. Pauvre tante Rose! Je vais la tromper... j'en ai une honte douloureuse... et pourtant le bonheur immense que je ressens d'être aimée me fait tout oublier... Eh bien, voyons, nous sommes aujourd'hui lundi... Voulez-vous jeudi?

—Pas mercredi, Magda?

—Oh! cher...

—Eh bien, non, non, jeudi... c'est convenu. Vous mettrez un peu d'esprit dans la disposition des meubles... ce sera charmant; vous verrez quel gentil coin... il y a un piano, nous ferons de la musique, ce sera délicieux, vous verrez, vous verrez!

Il parlait avec vivacité pour distraire Magdeleine que la pensée de cet arrangement brutal de leurs tendresses, à heures et jours déterminés, avait tout à coup rendue songeuse.

C'est la douleur des âmes délicates ces joies prévues de l'adultère, discutées par avance, prises hâtivement, avec une crainte affolante de tout: d'être malade le jour convenu, ou reconnue en entrant furtivement sous une porte; de s'arracher des bras de l'aimé et de se retrouver tout à coup seule dans la foule de la rue, alors qu'il eût été si bon de rester encore ces instants-là ensemble, marchant unis dans la vie au grand jour comme on est unis dans la vie secrète.

Magdeleine secoua sa tristesse, ne voulant voir que la joie d'être aimée. La volubilité de la phrase dite par son ami lui avait montré qu'il sentait la cause de cette tristesse. Ces compréhensions de pensées non exprimées centuplent l'amour des êtres fins; c'est la pierre de touche des cœurs pareils.

Ils arrivaient à la Luzière. Tante Rose avait fait une surprise qui devait être infiniment agréable à sa nièce: les Montmaur dînaient chez elle.