A peine descendue de voiture, madame Leprince-Mirbel monta dans sa chambre. Depuis qu'elle aimait et qu'elle était aimée, elle mettait encore plus de recherche dans l'arrangement de ses toilettes. Elle reparut bientôt vêtue d'une robe d'un bleu si pâle que ses yeux bleus en semblaient foncés; si collante et si savamment unie qu'elle dessinait toutes les rondeurs de son corps mince. Magda n'avait que l'âge de Philippe dans cette toilette exquise de simplicité. Madame Montmaur et mademoiselle de Presles ne purent retenir une exclamation en la voyant entrer, tant elle était charmante et jeune; quant à Philippe, il resta ce qu'il était toujours, froid en apparence, mais intérieurement ébloui et profondément ému.
Ces deux journées qui séparaient Magda de la visite au «logis» passèrent rapidement pour elle. A Yerres, elle voyait Philippe pendant de longues heures, et ils purent, sous l'ombre des arbres séculaires du parc, retrouver les chastes extases des journées et des soirées de Fontana.
Jules Governeur, déjà réinstallé au pavillon, avait, ainsi que Jean Biroy, replongé Magdeleine dans le courant intellectuel dont elle n'aurait su se passer. Cette vie double de l'esprit et du cœur lui donnait un rayonnement que remarquèrent ses amis.
Le jeudi, Biroy devant aller à Paris après le déjeuner, Magdeleine convint qu'ils partiraient ensemble, et s'arrangea pour que l'on crût qu'elle dînerait avec lui et que tous deux reviendraient par le dernier train.
Vers quatre heures, elle arriva à l'appartement dans une toilette sombre, le visage voilé. Philippe, qui guettait toutes les voitures depuis une heure, se précipita au-devant d'elle et la fit entrer avant que personne ait pu l'apercevoir. Le cœur de Magda battait; émue, pâle, elle se dégagea des bras de Philippe et, presque sèche et brusque à force d'émotion contenue, elle examina l'appartement. Lui, très troublé aussi, semblait froid. Ils parlèrent de choses indifférentes comme si leur grand amour, tout à coup, était mort.
Lentement pourtant, ils reprirent possession d'eux-mêmes. Sur la cheminée du salon, des roses s'épanouissaient dans des vases de cristal. Le jour, tamisé par des rideaux et des stores, arrivait très doux sur la tenture mauve. Ce n'était pas le logis banal, loué en hâte pour des caresses de passage, mais l'appartement encore un peu nu d'un jeune ménage, avec quelques menus et jolis bibelots qui semblaient des présents faits aux jeunes époux. Une lampe d'argent, trop petite pour le couvert déjà dressé qu'elle devait éclairer plus tard, était sur une table en un coin du salon.
De nombreux coussins juxtaposés, semblables de forme et de dimension à ceux dont s'entourait Magdeleine chez elle, couvraient pêle-mêle le canapé. Cette attention gentille la fit sourire et brisa la gêne entre eux. Magda tendit la main à Philippe et dit en lui désignant les coussins:
—Ils sont les mêmes, exactement, que les miens.
—Je crois bien, je les ai dessinés un à un en cachette, dit Philippe, souriant d'une manière un peu contrainte.
—Mais alors... personne, personne au monde ne doit entrer ici: cela seul suffirait à me faire soupçonner.