Magda fit le geste de la jeter au feu, puis comme se ravisant, dit froidement:
—La voici, monsieur.
A peine y eut-il jeté les yeux que pris de honte pour l'action qu'il venait de commettre, et, avec dans la voix un tremblement dont tressaillit son amie:
—Pardon... pardon, Magda... mais je souffrais... je vous aime tant!
Leurs regards se rencontrèrent, se fondirent; ils y lurent la même aspiration qui les étreignait d'une ivresse semblable à celle des premiers jours de leur amour, et restèrent ainsi un moment, muets, heureux.
Philippe demanda:
—Demain de bonne heure au logis, dites? je vous attendrai et, si vous voulez, nous y déjeunerons.
Magda répondit oui de la tête, trop joyeusement émue pour parler; puis, reprenant sa marche à travers le salon, elle rejoignit Fugeret qui s'était réfugié dans l'embrasure d'une fenêtre. Radieuse, elle murmura:
—C'est moi qui ai perdu, ami. Ah! je suis heureuse, bien heureuse grâce à vous... tenez, je lui tourne le dos, n'est-ce pas? eh bien, son regard m'enveloppe, je le sens, il me brûle de la tête aux pieds, j'en frissonne...
—Princesse, princesse, vous avez de ces joies et elles ne vous rendent pas plus sage pour supporter vos souffrances? Ah, mon enfant, de quoi vous plaignez-vous? Mais aimer et être aimée comme cela pendant un mois seulement et mourir après si l'on veut!