—Oui, mourir... mais vivre sans cela après avoir connu cela... c'est plus douloureux que la mort...

Ils furent interrompus par Jules Governeur:

—Eh bien, vous avez des idées gaies, vous deux! C'est le caviar et les truites de la Néva qui vous amènent à ces dissertations lugubres? J'ai la digestion moins amère, moi!

—L'abbé, dit Magda, ne vous moquez pas; nous parlions de choses du cœur et comme vous n'avez pas de cœur...

—Pardon, pardon, dites que je n'en ai plus... J'en avais un, je vous l'ai offert, madame, vous n'en avez eu nulle souciance; mais par esprit économique, sans doute, vous l'avez gardé... et vous avez bien fait de le garder; qu'est-ce que j'en ferais, je vous prie? Et il est si bien chez vous! Mais alors, princesse exquise, princesse de pourpre et d'or, soyez logique, quoique femme, et ne me reprochez pas de n'en point avoir!

Magdeleine, souriante, lui prit le bras et ils allèrent s'asseoir sur un canapé. Philippe quelques instants après s'installa derrière eux; elle sentait son souffle l'effleurer, un énervement très doux l'enivrait.

C'est ainsi que, de loin en loin, la chaîne des renaissantes voluptés les rivait de nouveau l'un à l'autre, et, tous deux, en s'arrachant à l'engourdissement où ces heures d'infinie tendresse les plongeaient, se contemplaient étonnés, Magda, d'avoir douté de Philippe, Philippe, d'avoir cherché l'amour loin de Magda.

QUATRIÈME PARTIE

Madame Leprince-Mirbel entra alors dans une phase de relative sagesse, confiante en son pouvoir, sentant que jamais Philippe ne se détacherait d'elle.

Toutes ses facultés furent appliquées à varier à l'infini la félicité de leurs deux vies, et, guidée par son cœur, elle accomplit des merveilles. Depuis la tenue de sa maison jusqu'au choix de ses relations et la composition savante de ses toilettes, tout fut d'un art, d'une science à éblouir les plus raffinés.