Guillaume parlait volontiers de ces jours passés, en disant:
—C'était du temps que j'avais pour vous un grand amour...
A quoi Magdeleine, penchant finement sa tête, interrogeait:
—Vous ne m'aimez plus, Tanis?
—Je vous aime moins et mieux... Je vous respecte; vous êtes la sainte de mon cœur très païen...
Ainsi, avec cet homme supérieur, elle essaya d'aimer, et leurs mutuels efforts n'ayant eu pour résultat qu'une camaraderie tendre, elle s'en tint à cette moitié d'expérience, préservée à jamais par le souvenir de ces joies morales partagées.
Les déclarations de ses autres amis ne furent plus pour elle qu'un jeu. Toujours Tanis les connut, comme si Magda se fût sentie liée à lui, malgré tout, par cet amour indéfinissable et qui n'avait pas abouti. Elle aurait cru le tromper, en faire sa dupe, si elle ne les lui eût laissé deviner. Elle aurait craint qu'il ne la jugeât coquette et ne méconnût son cœur, de même qu'elle avouait aux autres l'avoir aimé moralement.
Cette grande franchise ne permit plus à aucun d'eux de lui faire réellement la cour. Où Tanis reconnaissait avoir échoué, qui n'échouerait? Mais, malgré tout, ils étaient en coquetterie permanente avec elle; une coquetterie fine, légèrement amoureuse, qui faisait soupirer Jules Governeur d'une manière invocatoire si drôlement triste:
—Princesse Magda, hélas! m'aimerez-vous mieux jamais?
Princesse, ils l'appelaient ainsi, ayant décomposé son nom de Leprince, pour éviter de l'appeler madame, mot bien officiel, ou Magdeleine, appellation trop familière; son élégance native, son allure aristocratique lui valurent aussi ce baptême.