»GUILLAUME.»
Il lui écrivait encore:
«Mon amie, votre lettre me donne en même temps beaucoup de tristesse et beaucoup de joie. Beaucoup de tristesse parce que vous souffrez et beaucoup de joie parce qu'elle me montre votre cœur.
»Pourquoi ces tortures que votre esprit inquiet vous fait endurer? Pourquoi ne pas croire que je vous aime puisque cela est et que je vous le jure? Vous me trouvez calme et cela vous indigne. J'ai eu, mon amie, bien des jours d'affliction; j'ai mené de front de lourds chagrins et j'ai appris à être un résigné, bien qu'au fond je sois toujours un révolté contre les événements. Croyez-vous que je n'aie pas souvent des exaspérations de cette impossibilité de vous convaincre? Mais je n'y puis rien... Alors, à quoi serviraient les expressions désolées et les manifestations violentes?
»Je saurai attendre puisqu'il faut attendre. Et je vous promets, en attendant, d'être fidèle. Ceci vous paraîtra-t-il une preuve d'amour? Je ne pourrais d'ailleurs, malgré les occasions possibles, faire autrement. Je pense trop à vous pour songer même un instant à une autre femme, pour la désirer même à peine et la pouvoir effleurer d'une seule caresse.
»M'aimerez-vous jamais?
»Je baise respectueusement les dentelles de votre robe.
»GUILLAUME.»
Ils avaient continué d'échanger des lettres. Et voilà qu'à force de découvrir toutes les délicatesses du cœur de Magdeleine, Tanis, qui au fond aimait les amours faciles, avait pris son parti de cette résistance. L'exaltation à laquelle ils s'étaient laissé entraîner un moment, venant par la force des choses à tomber, il ne fut plus question entre eux d'une chute possible. Ravis de se connaître et de s'estimer si complètement, une amitié très tendre les unissait maintenant sans aucune pensée de possession.