Pour la première fois elle formula:
—«Quel bonheur d'être riche!» ne voulant pas voir la douloureuse bassesse de pensée qui lui faisait sentir que son luxe la protégeait, dans la lutte qu'elle entreprenait de vouloir garder Philippe en n'étant plus pour lui qu'une amie.
CINQUIÈME PARTIE
C'est une chose cruelle entre toutes de se voir obligé de renoncer à l'être sur lequel on a placé toutes ses espérances. Magdeleine essaya bien de reprendre une existence active, n'ayant plus seulement Philippe pour but unique de ses actions; mais cela lui fit découvrir que sa vie ne lui appartenait plus, qu'elle n'était que le reflet de celle de son ami, que tous ses sentiments se rapportaient à lui, tristes s'il était triste, gais s'ils était gai. Elle vécut alors machinalement; son cœur devint fertile en souffrances, surtout lorsqu'elle vit le jeune homme accepter sans révolte la situation nouvelle, comme si lui-même passait par la même crise. C'était tacitement avouer que l'amour, entre eux, était mort.
Magda s'aperçut avec honte et terreur que depuis deux ans déjà, c'était presque toujours elle qui suscitait avec une délicate habileté leurs rendez-vous au «logis». Fouillant sa mémoire, mettant son cœur à la torture, elle se retrouvait provoquant ces rencontres, non Philippe.
Comment n'avait-elle pas senti cela plus tôt? C'est que Philippe, en vérité, ne la désirait plus peut-être, mais aimait sa tendresse prévoyante; qu'il était distrait d'elle, mais non détaché. La honte de cette situation dont elle s'accablait devenait la preuve de son charme qui demeurait par delà sa jeunesse.
Alors commença une vie de désenchantement: les jours, les heures succédaient aux jours, aux heures, sans apporter de consolation à la pauvre créature; il ne s'agissait plus de s'étourdir du mourant amour de son amant, mais bien d'elle-même, des souffrances qu'elle se créait.
Il y avait deux mois que Magda avait pris sa résolution quand, un soir, Philippe lui dit: