—Mon cher, il a une fortune personnelle très officielle...
—Et puis celle de madame Mirbel, ça fait deux fortunes!
—Quels potiniers vous êtes, s'exclama la voix bienveillante; puisque je vous dis que Montmaur a au moins quarante mille livres de rente, sans compter sa peinture; et, vous le savez, il vend beaucoup; il a du talent!
—Ne le défends donc pas parce qu'il est de ton club, mon vieux! Cette chose-là n'arrive pas seulement à lui. Et puis, je ne saurais lui en vouloir: quand l'un d'entre nous est sans le sou et qu'il épouse une femme riche, n'est-ce pas à peu près la même chose? Seulement je constate que la commère est un peu mûre!...
Les rires discrets, puis les voix s'éteignirent.
Madame Mirbel accablée, défaillante, crut étouffer. Elle s'effondra sur le divan et tout bas sanglota.
—Mon amour le déshonore, pensait-elle; parce que je l'ai aimé quand j'étais jeune et belle, je n'ai même plus le droit d'être son amie. Pauvre cher Philippe, pauvre noble enfant, je le déshonore, je le déshonore!...
Elle haletait, le visage enfoui dans son mouchoir.
L'affront que ces jeunes hommes lui avaient infligé était peu de chose, mais toucher à Philippe, le salir si abominablement, cela, elle ne le pouvait supporter. Où donc était la justice du monde qui ne voyait pas quels liens purs, maintenant, les unissaient?
Elle se disait: «Je me suis dévouée à lui, je lui ai donné mon âme, mon esprit, mon corps, toutes les tendresses de mon cœur et jusqu'à ma réputation. Quel sacrifice faut-il faire encore pour avoir le droit de rester son amie? Quelle morale guide la foule cruelle? On nous absoudrait si notre amour avait été un caprice, on nous accable parce qu'il a résisté au temps. Ah, jeunesse sans pitié! je suis la vieille maîtresse... Quelle honte... Et ces hommes, ne sachant rien des bonheurs que nos cœurs ont eus l'un par l'autre ni de quelles sollicitudes j'ai enveloppé sa vie, me méprisent et me condamnent, moi qui ai peut-être aidé au développement de son talent qu'ils admirent!»