—Avez-vous encore de ces cigares de paille? dit-il en mordant la pointe de celui qu'il avait pris, avec le visage le plus incrédule du monde.

Et il reprit son premier sujet, dont il n'avait pas encore assez.

—Je trouve, messieurs, que cela va si mal de ne pas savoir fumer! On est toujours ne sachant que faire de ses doigts. Je connais un individu qui ne fume pas, et c'est bien le plus misérable gaillard du monde.

Je compris que j'avais bien de la chance, au décès de ce monsieur, de succéder à son haut rang dans l'estime de mon cousin.

Vint ensuite un entretien qui porta principalement sur des informations relatives à nos connaissances réciproques, dans lequel ne survint rien de désagréable, sinon qu'il demanda des nouvelles d'un ami qu'il connaissait très-bien, mais sa mémoire lui rappelait un souvenir: «Est-ce lui dont le frère a eu cette sale affaire avec la police?» Sur quoi Boerhave eut le loisir de concevoir tous les soupçons possibles sur la famille. Je ne sais pas s'il le fit; mais peu après il nous quitta un instant pour écrire un petit billet; Nurks profita de cette occasion pour me faire l'observation suivante:

—Votre ami ressemble d'une manière frappante à ce juif qui se tient toujours au coin de la rue du Poivre et du Fossé-des-Seigneurs.

Et comme j'ouvrais de grands yeux:

—Ah! vous savez bien, ce vilain gaillard, juste comme s'il avait reçu un coup de pied de cheval sur la figure.

Boerhave rentra en ce moment, et je ne pus juger de sa ressemblance avec le juif du coin de la rue du Poivre et du Fossé-des-Seigneurs, attendu que les figures respectives des différents juifs d'Amsterdam ne m'étaient pas présentes à l'esprit; mais de lire quelque chose sur la figure de mon ami, qui fit penser qu'il avait pu se trouver en désagréable contact avec le quadrupède que Nurks venait de nommer, cela me parut tout à fait impossible.

Nous prîmes du café et du pain, deux articles qui eurent l'honneur d'obtenir la complète approbation de mon cousin. Il assura bien que le premier nuirait pris sans lait comme le médecin le faisait, et il assura de plus qu'on pouvait toujours le voir au teint de quelqu'un, que le teint en devenait vilain; mais lorsque Boerhave déclara qu'il était médecin, et qu'en cette qualité il n'avait jamais entendu parler de cela, il changea de batterie et commença à parler à mon ami du grand nombre de jeunes docteurs qu'il y avait à Amsterdam, sans pain, qui demeuraient dans de pauvres chambres, et devant subir toutes les humiliations pour obtenir une boîte, et nombre d'autres remarques très-propres à encourager un candidat en médecine dans ses études, tandis qu'il les couronnait par la solennelle déclaration qu'il n'y avait pas un médecin au monde auquel lui, Robert Nurks, confierait son chat.