Nous partîmes pour le bois: il était environ une heure.—Toutes les choses bien réglées ont leur temps. Les rossignols viennent au printemps, les pinsons et les linottes en automne; le soleil paraît pendant le jour, les chandelles pendant la soirée, et la lune pendant la nuit. Ainsi en est-il également des sortes de gens. Quiconque connaît les mille et une espèces du genre harlemmois sait qu'elles ont toutes leurs heures de promenade le dimanche, chose qui devient très-naturelle quand on songe aux heures différentes du dîner, et qu'avec cela on considère que beaucoup de gens vont au service de midi, tandis qu'une grande partie ne sait même pas que ce service existe. Lorsqu'on classe ces diverses espèces et qu'on y intercale les oiseaux étrangers qu'y amène un dimanche de soleil, alors on aboutit à une chaîne ininterrompue, qui n'est pas sans rapport avec la belle comparaison d'Homère, lorsqu'il dit que les générations poussent, dans l'existence de l'humanité, comme les feuilles des arbres, ou qu'on peut comparer encore se poussant les unes les autres sur l'Europe, au Ve siècle.

Ainsi, celui qui étudie la nature, qui le dimanche néglige de fréquenter l'église, ou qui est allé au sermon du matin, ce que j'aime mieux supposer, et entre dix et onze heures arrive au bois, à la plaine et au camp des Vaches (le nom n'est-il pas harmonieux?), rencontre des essaims d'oiseaux de fête reçus par la digne ville de Harlem et partis d'Amsterdam par le trekschnit de sept heures. Les hommes sont mis en bleu ou en noir, ont de la boue humide à leurs pantalons, des favoris bien frisés. Ils sont pourvus de longues pipes de terre, avec lesquelles ils fument, ou qu'ils tiennent négligemment par la tête, entre les doigts, en laissant d'un air indifférent le tuyau pendre en bas. Remarquez les parapluies. Les femmes sont vêtues de blanc. Elles relèvent leurs jupes aussi souvent qu'elles marchent au-dessus d'une goutte d'eau, et les portent tout à fait relevées par des épingles, lorsqu'il y a des mares d'eau formées par la pluie du samedi. Elles mangent continuellement des choses qu'elles tirent de leur sac; plusieurs ont dans le nombre des langes noués et des vivres. On rencontre ordinairement, dans les groupes de neuf, deux hommes sur sept femmes. Ils s'en vont assez loin, jusqu'à Heemstede ou le Glin, mais passent l'après-midi à traîner les pieds en buvant une cruche de bière au Faucon-Vert ou à l'arbre des Fraises, pour repartir par le dernier trekschnit pour Amsterdam, tandis que les langes sont transformés de bissac en corbeille pour rapporter des fleurs à la maison, lesquelles pendent, trois semaines, dans un pot au lait en terre et sans anse, dans un petit coin au haut de l'escalier d'une cave, ici sans lumière, et là sous les émanations d'une rigole puante, font le bonheur et la richesse de celui qui vend du fil ou du ruban, ou est en même temps entremetteur, ou de quelqu'un qui vend de la tourbe ou du bois.

Si l'observateur de la nature poursuit sa route, il voit en passant d'abord une troupe semblable, qui s'amuse a la vue du pavillon, et dont les individus, pour se convaincre que ce n'est pas un rêve, s'attachent des deux mains aux barres de fer de la barrière, ne pouvant, comprendre comment il est possible qu'il y ait tant de gentillesse et de gaieté dans le Laocoon, mais tombant d'accord sur ce point, que le frontispice signifie Walleen.

L'observateur de la nature déjà nommé quitte l'allée pour partager le ravissement de ces étrangers, mais va par un petit sentier charmant où le soleil du matin se joue gaiement dans les grands arbres au-dessus des maisons. Il dépasse en se promenant une birouchette jaune et un char à bancs bleu, qu'il voit dételés à l'ombre des arbres, comme pour attirer là quelqu'un de leurs semblables. Tout est morne et silencieux; c'est une charmante matinée. Un seul monsieur avec un paletot brun, un pantalon d'été, des bas anglais tachetés, des souliers bas et un extérieur éminemment fashionable, est assis à une table de marbre, aux armes d'Amsterdam, devant la porte, très à son aise à lire un livre. Un gros monsieur à joues rouges, au ventre proéminent, avec une redingote noire, lit un journal en s'appuyant sur sa canne, assis sur une chaise sans table. Une jeune femme, récemment relevée de couches et encore un peu pâle, est assise à une autre table, sur laquelle est servi un déjeuner, avec un joli petit bonnet à rubans bleus et une petite jupe bleu clair, couchée à son aise sur sa chaise et occupée à tricoter; elle jette de temps en temps un regard sur la bonne d'enfant qui, avec une cornette d'Amsterdam sur la tête, ou plutôt à la tête, car cette sorte de bonnets laisse les cheveux à découvert jusqu'à la couronne, et une robe rose avec un tablier noir et des rubans croisés sur des souliers de lasting, juste comme madame se promène tranquillement dans le sentier semé de coquilles, tenant d'une main gantée un enfant de deux ans, couvert d'un petit chapeau à bords retombants avec des rubans d'un rose rouge, et de l'autre un de trois ans en lisière; et toutes les fois qu'elle rencontre quelqu'un à qui elle veut donner une bonne idée de son éducation et de ses services, elle se hâte de répéter à ces enfants le solennel Urve[2].

—Ne parlez-vous pas à monsieur, Georgette? Fi! François, que faites-vous de vos mains avec ces coquilles?

À l'allée du Cerf, se montrent çà et là quelques couples de jeunes dames tête nue et dans un costume qu'elles nomment tout à fait de campagne, et particulièrement caractérisé par des tabliers de soie hauts en couleur; elles sont occupées à donner à manger à leurs chères petites bêtes. Celles-ci sont les heureuses privilégiées, logées chez Stoffels. À la société, il n'y a encore personne; mais une couple de garçons, un homme fait et l'autre qui ne le sera jamais, sont l'un vis-à-vis de l'autre dans la porte centrale vitrée, les mains derrière le dos, à admirer le talent du veilleur que les messieurs de la Foi doit paraître ont mis là dans l'occasion, pour voir les vaisseaux qui traversent le Spaerne. Dans le logement du coin se trouve une famille de Zaandam, arrivée hier; tous les hommes sont grands, et vêtus uniformément d'habits bleus, avec des cravates noires et des cois blancs; les femmes avec la coiffure nationale et des dents noires. Ils boivent déjà du café et se l'ont instruire par l'hôte, qui prend la liberté de rester sur la porte, de plusieurs choses dignes d'être sues. Remarquez-vous contre les piliers, et de plus appuyé sur un bâton, un homme infirme? c'est moins un mendiant qu'un homme qui attend l'aumône; un de ces hommes immortels que les plus vieux Harlemmois ont toujours vus aussi vieux et aussi mutilés. Quelques-uns le soupçonnent d'être en dessous un rapporteur; je ne le crois pas; mais s'il l'est, c'est seulement pour rapporter comment les petits enfants dépensent au bois l'argent de leurs grands-pères.

Le bois reste dans cet état jusqu'à onze heures ou onze heures et demie; alors l'élite des promeneurs harlemmois y apparaît. Elle se compose principalement de ceux qui, les six autres jours liés à leur place ou à leur métier, doivent se dispenser de toute promenade et par conséquent ont grand appétit le dimanche. Ce sont des petits boutiquiers avec des redingotes à longues manches; les libraires qui portent de la ouate; les maîtres de métiers avec de hauts chapeaux et de longs reins; tous avec leurs femmes et avec leurs filles, vêtues trois degrés au-dessus de leur condition. Ils ne sont accompagnés de leurs fils que dans ce cas particulier, c'est-à-dire quand ceux-ci n'ont pas assez fait leur chemin dans le monde pour avoir honte de leurs parents; car il y a parmi eux des clercs de secrétaire, des sous-maîtres et de petits marchands de fleurs; mais si ce n'est pas le cas, vous pouvez être sûr que le père et le fils se promènent avec les mêmes rotins. Pour le reste, vous ne remarquez qu'un jeune homme d'une condition supérieure, soit un clerc de notaire ou un surnuméraire près du gouvernement de la Hollande septentrionale, lequel, étant sans valeur, ne sait pas trouver une créature à laquelle il doive rendre une visite après le service divin; mais il marche vers Stoffels, et surpris de ne rencontrer personne de sa connaissance, aidé par le chien de l'hôte, qui témoigne par sa sympathie entraînante que monsieur est un habitué.

Ce n'est, qu'au bout de deux ou trois heures que les graves bourgeois de la ville les suivent. Le fabricant avec sa famille, le notaire avec la sienne, le libraire avec la sienne, et les enfants du monde du ministre, sans leurs parents. Viennent ensuite les marchands de fleurs, des petits marchands du bois avec leur femme et leur postérité. Plus loin, on remarque les sœurs avec leurs premiers voiles, qui vont à la rencontre de leurs frères en redingote; puis une seule voiture, celle, par exemple, du docteur qui va faire un tour avec son meilleur véhicule et sa femme, et rencontre la voiture du grainetier, à qui son plaisir ne coûte point d'argent; devant, c'est la demi-fortune d'un petit rentier, puis la voiture laquée, avec les noirs coursiers, du banquier en vogue, et la voiture du fils du directeur des écoles gardiennes; le tout traversé et dépassé par les chars à bancs d'Amsterdam, à douze personnes, mais où il y en a quatorze avec un enfant, et des calèches pour trois où il y en a cinq avec une boîte à chapeau; je dois dire que la plupart de ces derniers détellent en ville.

Il arriva ainsi que nous passâmes à trois la porte du bois et nous rencontrâmes nécessairement les petits boutiquiers qui revenaient, les teneurs de livres avec leur Annette, les hauts chapeaux, les longs corps, etc.; et ils annonçaient l'arrivée des notaires, des fabricants, des marchands de livres, des apothicaires, des marchands de fleurs, des sœurs et des frères, etc., qui étaient derrière nous.

—Comme vos concitoyens ont l'air peu fashionable! dit Nurks avec ce rire particulier que les Anglais nomment a sneer, en brisant un entretien très-agréable et en reprenant immédiatement la parole pour m'empêcher de répondre.