Je ne veux pas que la nouvelle de ma mort
Vous gâte un instant de joie,
Ni ne demande que l'amitié, moi mort,
Vienne trembler sur ma bière.

bien que je lise avec plus de plaisir ses douces stances:—O loi! ravie dans la fleur de la beauté, etc.... Mais, que chaque maître d'école ou écolier veuille s'élever à cette grandeur d'âme, voilà ce que je trouve un peu fort et en même temps ridicule et malheureux. Et lorsqu'on ose altérer la doctrine de l'immortalité, telle que nous l'enseigne la divine révélation, pour me prouver que mon sentiment humain est insensé ou coupable, alors je plains profondément ceux qui comprennent si mal la doctrine de la Bible.

Non, il est contre nature d'être indifférent à ce que notre dépouille mortelle soit traitée avec respect, avec intérêt, avec amour, ou qu'elle repose dans un pays connu et cher plutôt que d'être anéantie dans les pays éloignés ou engloutie dans les abîmes de la mer. Vous ne sentez pas ainsi, dites-vous avec un calme sourire. Bien! que vous importe pendant votre vie ce qui arrivera après votre mort? Renoncez aux louanges de la postérité dont vous n'entendrez rien, ni ne sentirez rien, devenu froid et insensible. Ou est-ce plutôt à vos yeux un aiguillon plus fort pour votre zèle, une consolation (la seule) que vous ouvre le chemin de la gloire, en présence de l'ingratitude du temps? Et si vous vous êtes proposé cela, mon cher, dites-moi franchement: cela vous réjouit-il de penser que votre portrait tombera entre les mains de l'ami que vous aimiez le mieux? qu'après votre mort l'anneau que vous portiez au doigt passera à la bien-aimée, qui le portera jusqu'à ce qu'elle soit roidie par la mort? que votre fils habitera votre maison et s'assiéra dans votre fauteuil? que votre famille vous bénira pour l'affectueuse et généreuse façon dont vous avez disposé pour elle? Endurcissez votre âme d'abord contre ces émotions, et dites encore que toute communauté entre vous et vos proches cesse, et qu'il vous est indifférent qu'ils soient à votre chevet quand vous mourrez et qu'ils enterreront votre corps.

C'est une pensée agréable pour moi,—et il me semble qu'elle adoucira mon lit de mort,—que d'espérer que la douce main d'un ami fermera mes yeux et posera bien ma tête; que cet ami; accablé de tristesse dans les premiers jours, s'approchera de mon chevet pour me voir encore une fois; que plus d'une main tremblante saisira mes doigts glacés et les laissera retomber avec désolation; que maint visage en pleurs prendra congé de moi avec désespoir, et qu'on me fera une conduite solennelle au lieu du repos qui m'est déjà cher, comme lieu de repos de ceux que j'ai aimés. Oui, cela aussi, je le sens, sera pour moi une consolation, de penser que, de quelques bras que la mort m'arrache, je vais à ceux que j'ai pleurés, qu'une tombe les renfermera, eux et moi, et ceux qui survivront, de sorte que nous reposerons là tous ensemble:—oh! ce n'est rien, ce n'est rien, je sais que ce n'est rien; mais c'est une douce pensée, et je prie les sages de la terre de ne pas rire de moi, mais de me porter envie.


On sait de quelle façon la coutume d'enterrer dans le sanctuaire s'est introduite dans le monde. D'abord on bâtit les églises sur les tombes; ensuite on établit les tombes dans les églises. Là on reposait la cendre des martyrs dont le sang était le ciment de l'Église. Les premiers chrétiens élevèrent par une respectueuse reconnaissance la maison de la prière, comme la meilleure colonne d'honneur. Plus tard on apporta souvent leur chère dépouille, de la tombe ignorée où ils dormaient, dans l'église où on les enterra sous l'autel. Reposer dans leur voisinage fut longtemps le vœu le plus fervent des mourants, et le premier empereur chrétien fut aussi le premier qui désira être enseveli en lieu saint près de l'église fondée par lui. C'était un vœu hardi; mais il fut accompli et trouva des imitateurs. Les successeurs du grand converti défendirent d'enterrer dans le sanctuaire; mais la chrétienté trouva l'exemple si édifiant et le repos dans la maison de Dieu trop désirable pour y renoncer. La sépulture dans les églises devint générale. Chaque confesseur du nom du Sauveur se fortifiait contre les fatigues et les charges de la vie, par l'idée que le Seigneur lui donnerait le repos dans sa maison; et il lui parut encourageant d'attendre là sa résurrection. Chaque dalle du pavé devint une pierre tumulaire, et la commune trouva édifiant d'entendre la parole de vie; aussi dans la demeure des morts et entre les vivants et les morts, s'élevaient les arceaux sacrés sous lesquels est annoncée la doctrine de celui qui rend la vie aux morts et prédit les choses qui ne sont pas encore comme si elles étaient déjà. Nos aïeux trouvèrent là une source de consolations. À l'exception de quelques-uns, pour eux une tombe dans l'église était une inestimable possession. Aucune preuve du dommage que les morts pouvaient causer aux vivants ne pouvait les détourner de leur dessein. Et cependant cela ne pouvait pas être. Notre siècle était mûr pour faire le sacrifice. Notre indifférence en rendait la réalisation facile peut-être. Mais si vous rencontrez çà et là encore un vieux chrétien qui souffre de ce qu'il ne peut reposer dans la tombe de ses pères, à l'ombre du sanctuaire, où lui et eux adoraient Dieu, ne le raillez pas, je vous en prie. Frères, il a une respectable faiblesse.


Mais savez-vous ce que je trouve ridicule et scandaleux? Ce sont vos armoiries, vos obélisques, vos colonnes d'honneur dans l'églises, vos vers sur la cendre et la poussière, inscrits sur la terre sous l'œil de Dieu et dans sa sainte maison. Ce sont les trophées d'un orgueil insensé, d'une vanité terrestre, d'une richesse qui n'est que néant, d'une vaine science, de sanglantes guerres, établis là où l'humilité et la résignation baissent la tête sous l'œil du Seigneur. C est l'hommage assez souvent exagéré, toujours déplacé dans la maison construite en l'honneur de Dieu, rendu à toutes sortes de mérites; vraiment il est étrange, et (laissez-moi le dire) c'est un ridicule spectacle que cette rangée bigarrée de toutes sortes de vertus et de dons, loués, appréciés et pour ainsi dire divinisés dans le sanctuaire même. Ce sont des vertus et des dons pour la guerre, pour la science, pour le cabinet, pour l'art, pour l'industrie, honorés d'hommages sur la cendre d'hommes qui ont été doués de tous les instincts, ayant eu les conduites les plus diverses, plus ou moins de foi et d'incrédulité. Oh! ce n'est pas ce qui me blesse, que la commune, qui n'est pas juge en cette matière, leur ait donne une place égale dans son église, mais ils y sont comme des pécheurs! non comme des grands hommes avec les titres de naturœ se superantis opera, non sous les larges ailes de la renommée, lion sous les éloges vantards des contemporains et des admirateurs, mais dans la calme attente du jugement de Celui qui sait ce que vaut l'homme. Voulez-vous ciseler et dorer les noms de vos grands hommes, les couronner de lauriers et les entourer de rayons; voulez-vous leur élever des statues, leur dresser des colonnes; voulez-vous éterniser leurs vertus devant la postérité, aiguillonner la jeunesse par l'illustre exemple de leurs vertus et par l'honneur qui les attend, élevez ces trophées sur les places publiques, dans les salles académiques, dans les hôtels de ville, sur les escaliers des palais, et même sur les marchés publics. Là est le sol sacré. Déliez vos semelles. Ici pas de noms, pas d'éloges qui ne plaisent au ciel. Ici que Dieu seul et son fils soient loués et leur nom acclamé. Si vous voulez élever des colonnes ici, faites-le en l'honneur de Dieu qui vous sauve de grandes inquiétudes et vous préserve dans de grands dangers. Eben Haëzer, jusqu'ici le Seigneur nous a aidés; mais ici pas de divinisation de l'homme! ici Dieu seul et la foi!

Je sais que notre doctrine protestante ne considère pas le sol des églises comme saint; mais je sais aussi que notre humilité chrétienne nous ordonne de proscrire la superbe au moins dans ses environs. Je sais que notre sévère conviction: adorer Dieu en esprit et en vérité par prudence, prenant en considération la faiblesse humaine, ne souffre pas que nous représentions le Christ et l'image de ses actions sur la terre, dans nos maisons de prière; mais ces images conviennent d'autant moins qu'elles détournent notre attention du Seigneur et nous arrêtent par la grandeur des sujets. Non, non, rien ne doit briser l'unité du but du sanctuaire, tout doit montrer Dieu..., Dieu seul[1].

Mais bien que ce vieil abus (du moins il l'est à mes yeux) n'ait pas cessé complètement avec la sépulture dans les églises, il a cependant considérablement diminué; tous, nous pouvons reposer sous le ciel, et quoi qu'on puisse élever et écrire sur notre tombe, cela ne blessera aucun chrétien consciencieux. Oh! cette idée a quelque chose de bien beau, de bien doux, de bien heureux, de reposer dans une agréable contrée, au milieu de la nature que nous avons aimée, dans une douce tombe autour de laquelle tout fleurit et verdit, sur laquelle passent de douces brises et brillent les magnifiques étoiles de la nuit.