P.S.—Essuie de tes yeux les larmes sur la mort de Schotel.
[1] Le petit morceau suivant, inséré ici pour que ce volume soit complet, n'est qu'une plaisanterie. C'est la parodie d'une lettre adressée à Hildebrand par son ami Baculus, lettre dont le contenu consistait simplement dans un éloge, au reste bien mérité et très-éloquent, du génie de la célèbre tragédienne Rachel.
[XVI]
ANTOINE LE CHASSEUR.
Le dernier village quelque peu pittoresque, sur la côte occidentale de la Hollande, c'est sans doute le pauvre hameau de Schoorl. Il est situé au pied des dunes, à l'endroit où celles-ci sont les plus larges, pour cesser soudain à Kamp, et retirer leur protection au pays jusqu'à Petten, et laisser là la grande ouverture qui rend nécessaire la célèbre digue de Hondsbossche, pour l'entretien de laquelle il faut tant de pilotis et de banquets! Comme à Bergen, qui y touche, le promeneur trouve ici l'agréable spectacle de hauts talus de dunes, couverts d'épais taillis et de frais bocages, et de la seigneurie qui compte parmi ses anciens possesseurs les Borselens, les Brederodes et les Nassans. Jusqu'à notre petit hameau de Schoorl on suit un agréable sentier qui serpente, dans le sable, en décrivant de gracieux contours, ombragé des deux côtés par l'épais feuillage des chênes, des ormes, des bouleaux et de toutes sortes d'autres arbres, aux pieds desquels la limpide eau des dunes se fraye un passage en petits ruisseaux au cours capricieux, et au milieu desquels se montrent des deux côtés, de distance en distance, les petites chaumières des habitants, souvent à demi enterrées dans la dune, couvertes de mousse grise et fleurie et d'agaric rugueux.
Au bout de cet agréable sentier, le petit clocher vert de Schoorl dresse sa pointe dans les airs pour contempler le village lui-même et les nombreux champs de grain où l'on récolte un gruau qui appartient aux denrées renommées du marché d'Alkmaar. Celui qui a parcouru ces charmants bocages et qui, après s'être rafraîchi d'abord sous le frais ombrage, puis dans quelque auberge du village, veut remonter plus haut vers le nord, doit renoncer à l'espoir de trouver encore des arbres, car il n'aperçoit plus que le Hondsbosch qui, malgré son nom, n'est point un bosquet, puis la Lype, la plus grande plaine desséchée artificiellement de la Frise occidentale, puis le désert de l'Herbe des vaches, jusqu'à ce qu'il s'arrête au Helder, dans le Marsdien, regarde vers l'orient et voie poindre l'île de Texel, où les voyageurs assurent qu'il y a un charmant petit bois entre le Burcht et le Schilde, reste insignifiant de son ancienne et magnifique forêt.
C'était dans les derniers jours de septembre 183., un matin, de très-bonne heure, le soleil n'était pas encore levé, la petite porte de l'une des chaumières que nous avons mentionnées tout à l'heure, adossée à la dune près de Schoorl, s'ouvrit, et sur le seuil apparut un jeune homme qui s'assura attentivement de l'état de l'atmosphère et de la direction du vent. Un beau chien couchant, taché de brun, avait sauté au-dessus de la porte inférieure dès que la porte supérieure avait été ouverte, et se roulait dans le sable avec une sorte de volupté, aux pieds du jeune homme, ou sautait contre ses genoux; il se coucha ensuite un instant, la tête appuyée sur ses deux pattes de devant, pour se relever bientôt avec vivacité, en jappant doucement, poussant des cris et faisant toutes les gentillesses d'un chien de chasse satisfait. Au reste, il n'y a pas d'animal qui trouve plus facilement du plaisir et qui soit moins vite blasé; son maître n'a besoin que de prendre son fusil, et ce mouvement évoque à l'instant les plus brillantes perspectives de jouissance et de bonheur devant l'imagination enflammée du chien, et je suis convaincu que les démonstrations de joie dont je parle ne sont que de faibles preuves du sentiment qui gonfle sa poitrine vêtue! Pourtant il sait très-bien que tous les plaisirs de la journée consisteront à courir, à tomber en arrêt, à apporter toujours, sans jamais nourrir le moindre espoir d'avoir quelque part au butin.