—Merci, Jean, répondit Antoine, je n'ai pas encore gagné mon tabac aujourd'hui. Vous êtes levé de bien bonne heure. Vous êtes sur la trace d'un braconnier, peut-être?
—Non, camarade, répondit le garde. Je vais à la digue de Schoorl; je dois me rendre à Alkmaar et je ferai la route avec Jeppie. Bonne chasse!
—Merci! dit l'autre. Et suivi du chien, il s'approcha de la dune, et se fraya un chemin à travers le bois taillis humide de brouillard, d'où s'envolèrent mille vauriens de moineaux effrayés, et il commença à monter.
Lorsqu'il eut atteint le sommet de la colline, il se retourna vers le petit village. Le soleil allait atteindre l'horizon et lançait déjà au-dessus ses premiers rayons. La brume d'automne commençait à briller de toutes ces teintes colorées qui la font ressembler à l'arc-en-ciel descendu sur la terre; la croix au haut du clocher commençait à étinceler, et les gouttes qui tremblaient à l'extrémité des feuilles avaient une poétique ressemblance avec les plus brillantes pierres précieuses. Son œil chercha la place où la chaumière de Jeannette se cachait sous le feuillage. Nul signe de vie, et dans le village aussi, tout était encore plongé dans le calme et dans le silence: un seul coq chantait, un seul chien se glissait lentement hors de sa niche; mais on n'apercevait pas un être humain en mouvement. Seulement, on voyait sur le sentier qui conduisait à la digue de Schoorl le garde, qui poursuivait son chemin d'un pas rapide.
—Tout dort encore, se dit le chasseur à lui-même, et Jeannette est sans doute aussi rendormie. Rêveraient-ils tous? Folie! poursuivit-il, et il tira sa gourde, et comme s'il buvait à sa chienne: «Allons, Veldine, au premier perdreau tué!»
À ces mots il arma les deux chiens de son fusil et commença à parcourir le terrain de chasse.
Dans tout Schoorl et Bergen, il n'y avait pas de meilleur chasseur qu'Antoine. Il appartenait à ce petit nombre d'heureux qui peuvent se dire sûrs de leur coup: «Savez-vous à quoi cela tient, avait dit un jour le vieux Krelis, assis avec des paysans et buvant la bière, sur le banc devant le Lion rouge, lorsque Antoine passa chargé de gibier; savez-vous à quoi il tient qu'Antoine le chasseur, quand deux gélinottes se lèvent, une devant et l'autre derrière lui, il ne les abat pas moins toutes les deux?—C'est parce qu'il à un fusil à deux coups, avait-on répondu.—Non pas, camarades, avait dit Krelis, c'est parce que c'est un homme double.» De là venait aussi qu'Antoine le chasseur ne se plaignait jamais des circonstances contrariantes dans les quatre éléments auxquels un grand nombre de chasseurs attribuent tout, quand ils reviennent au logis la carnassière plate, parlant haut et ferme d'une foule de lièvres et de perdreaux qu'ils n'ont à la vérité pas rapportés à la maison, mais convaincus qu'ils sont allés mourir de leurs blessures dans quelque trou impossible à découvrir.
La gorgée d'eau-de-vie, le craquement si harmonieux pour un chasseur des deux chiens de son fusil, le radieux soleil paraissaient dissiper l'humeur sombre d'Antoine le chasseur et lui inspirer du courage; dès qu'il se voyait arrivé au terrain de chasse, son esprit s'éveillait. Veldine sautait légèrement devant lui; elle commença bientôt à renifler très-fort, le nez contre le sol.
—Le chien commence à travailler, dit Antoine, cela ira bien.
Bientôt un lièvre débusqué bondit. Les deux coups partirent, l'un après l'autre. Le chien s'élança: le lièvre était libre.