—Cela sera, Jeannette! s'écria le chasseur en passant le bras autour de la taille de la jeune fille; cela sera comme vous le dites, ou je veux ne plus m'appeler Antoine le chasseur. Et il l'attira vers lui.
—Reste tranquille, mon petit Antoine, s'écria la jeune bile, pas de folie, entends-tu? Un baiser? Quand les perdreaux seront là, nous verrons. Fi, mon garçon, pas de folie!
Et elle se mit à rire aux éclats pour persister dans sa ferme remontrance.
—Soit, répondit l'amant; mais sais-tu, Jeannette, donne-moi un baiser sur la main, et si demain je reviens sans perdreaux, donné-moi encore un baiser semblable; mais si j'en apporte, gare à ta carcasse!
—C'est fait! dit joyeusement Jeannette, et elle se rapprocha de lui, lui donna une bonne poignée de main, se laissa donner un baiser sur la joue, après quoi sa bouche se détourna un peu plus que d'ordinaire; le sourd-muet, en voyant cette scène, releva la tête et se mit à bondir de plaisir autour de la chambre en battant des mains.
Étonnez-vous, maintenant, qu'Antoine le chasseur ait dit aujourd'hui avec quelque dédain:—Ce n'est qu'un lièvre!
Et cependant s'il avait eu le lièvre seulement! car on aurait dit de plus en plus qu'il courait chance de rentrer au logis les mains vides. En vain avait-il parcouru pendant une couple d'heures la vaste dune de Schoorl; à travers les vallées où il marchait jusqu'à la cheville dans l'épaisse mousse brune; sur les bancs blanchis où le sable sec et mouvant effaçait ses pas; le long des plaines où des marais salés humectaient le sol; nulle part, pour employer un terme de chasse de la Hollande du nord, il ne découvrait la vie. Il remarquait bien çà et là une trace de lièvre, et plus loin des excréments de perdreaux; mais ni celui-là, ni ceux-ci ne se présentaient. Il tira avec une certaine méchanceté un hibou blanc, qui s'éleva d'un buisson sur ses ailes d'une légèreté diabolique, le ramassa et le jeta dédaigneusement loin de lui. Veldine lui causa encore une lâche déception en se mettant en arrêt, et enfin il sentit quelque chose s'élancer d'une touffe de mousse épaisse; ce n'était qu'une chétive alouette! Ainsi se passèrent de lentes heures, et Antoine le chasseur revint sur ses pas en proie à un abattement encore augmenté par la fatigue et l'ardente chaleur du jour. Tout à coup une légère brise s'éleva, qui passa rafraîchissante dans ses cheveux inondés de sueur, et après avoir franchi une haute colline de sable blanc, il aperçut devant lui la vaste mer.
La mer offre toujours un spectacle imposant; mais lorsqu'on la voit sur une plage parfaitement solitaire, où rien ne frappe les yeux, que la dune dépouillée à gauche, à droite et derrière soi, sans chaumière sur le sable, ni voile à sa surface, alors l'aspect de cette vaste étendue vide vous saisit doublement. Le sentiment que vous vous trouvez vraiment à l'extrémité du monde s'empare de vous; vous croyez être le seul habitant qui reste sur la terre. Antoine le chasseur s'assit en frissonnant sur le sommet de la colline, mit son fusil au repos, et regarda les vagues réfléchissant le soleil. Le chien se reposait haletant à côté de lui; sa langue sortait longue et rouge de sa gueule. Ici, en présence de la mer, et pas de rafraîchissement!
Antoine le chasseur tira de sa carnassière un morceau de pain et une couple de pommes, et partagea le pain avec sa compagne de chasse. Il tira aussi sa gourde pour boire un coup.
—Non, dit-il en l'éloignant de sa bouche. Oh! ce rêve! je voudrais être quitte de ce rêve!