—Ni poil ni plume! cria Antoine le chasseur, à haute voix.

—Cela va mieux pour moi, dit Dirk en souriant: et il tira un lièvre et trois perdreaux de sa carnassière, et les éleva triomphalement en l'air.

—Chacun son tour, Dirk! cria l'autre.

—Oui, s'écria Dirk, et si tu n'avais-pas de tour aujourd'hui, enfant du diable!

Alors il descendit la dune et continua son chemin en se dirigeant vers le nord.

—Allons, maintenant au champ, de derrière, Veldine! dit Antoine le chasseur à son chien, et un rayon de courage brilla de nouveau dans ses yeux, un joyeux sourire illumina son visage bruni. Il but un petit coup de sa gourde et se dirigea vers le midi.

Il avait bien remarqué l'endroit où les perdreaux s'étaient abattus. D'après tous ses calculs, c'était une plaine à lui bien connue qui a l'air d'une exploitation manquée, et ça et là parsemée de bouquets de genêts, de saules rampants et d'aunes nains. Cependant il prit encore plus au sud, comme s'il dépassait la place pour tirer les perdreaux contre le vent. Alors il s'approcha de la plaine; mais les perdreaux étaient devenus sauvages. Bien loin avant qu'il ne fût à portée, ils prirent leur vol, et firent une bonne traite vers le sud-ouest où ils s'abattirent de nouveau.

—Patience! pensa Antoine, et après avoir vainement exploré la plaine pour s'assurer qu'il n'était rien resté en arrière, il prit la même direction pour poursuivre la compagnie.

Il répéta cette manœuvre encore trois ou quatre fois, cette manœuvre dont il avait rêvé; chaque fois les perdreaux gardaient l'avance: il ne perdit pourtant pas patience: la vue des perdreaux à l'horizon, toute vexante qu'elle fût, le faisait continuer. Mais son âme était tellement préoccupée des perdreaux qu'il me semble qu'un lièvre, aurait pu lui couper le chemin sans que, tout bon chasseur qu'il fût, il l'eût aperçu à temps! Après une couple d'heures de chasse, il se reposa encore une fois dans un endroit où son chien trouva de l'eau de source. L'animal, non content de se désaltérer, entra dans l'eau jusqu'au ventre, et parut après ce rafraîchissement aussi alerte et aussi vif que le matin. Antoine imita cet exemple, puis poursuivit la chasse.

Déjà il avait dépassé le bois de Bergen. Tout à coup, il vit la compagnie se lever et s'abattre aussitôt. Il se hâta de marcher dans cette direction. Déjà il approchait de la place où elle devait être! le chien tenait le nez avec la plus grande attention contre le sol. Son espoir n'avait pas encore été aussi vif de toute la journée. Mais tout à coup le poteau de la chasse réservée du seigneur de Bergen lui tomba sous les yeux; son domaine s'étend encore de quelques verges au delà du bois. Déjà le chien l'avait dépassé eu reniflant. La tentation était grande. Il n'avait encore rien fait après une chasse de tant d'heures. Bien plus, il s'était vanté de rapporter des perdreaux. Et puis Jeannette lui refuserait le baiser promis, et pis encore, comme elle se raillerait de lui! Son nom ne serait plus Antoine le chasseur. Le garde du bois de Bergen était à Alkmaar. Ah! comme les perdreaux en s'élevant l'avaient provoqué! il avait marché vers le nord. Et là, à une quarantaine de pas peut-être, se trouvaient les objets de son désir, non, de son besoin, les beaux perdreaux, fatigués d'un long vol, et reposant, Dieu sait de quel profond repos, dans la haute mousse!