—Bien loin de là. Pour moi, je le nommais un monstre, et Ketjen aussi. Il y en avait beaucoup qui avaient fait plus d'impression sur son cher petit cœur...

—Toi, par exemple, n'est-ce pas?

—Oui, mais dans un autre sens; j'étais son ami; mais notre ami Evrard était trop-haut prisé par elle. Je ne serais pas étonné qu'elle eût pleuré au départ de celui-là.

—Allons! cela devient trop émouvant! dit Charles; plus un mot sur Ketjen jusqu'à ce que nous la voyions.

Les deux amis arrivèrent à Oosterhout et virent Ketjen. Ils entrèrent dans l'auberge et la trouvèrent à la fenêtre occupée d'un ouvrage de couture. Les grandes barbes plissée du bonnet brabançon, où deux bandeaux plats de cheveux noirs apparaissaient, tombaient sur un mouchoir fond rouge foncé avec des carreaux verts, qui couvrait ses épaules et son sein jusqu'au cou, et contrastait merveilleusement avec son petit menton de neige. Elle leva la tête pour regarder, et son grand œil bleu fit une telle impression sur le plus jeune des voyageurs, qu'il augmenta à l'instant le nombre de ses adorateurs.

—Resterez-vous éternellement jolie, Ketjen? dit le plus âgé en lui tendant la main; il y a neuf ans déjà que nous étions bons amis et vous êtes toujours la même.

—Je suis cependant de huit ans plus vieille, dit Ketjen en riant amicalement et en montrant une rangée de dents les plus régulières qui aient jamais brillé entre deux lèvres roses.

—Monsieur! reprit l'autre, ne me connaissez-vous plus? Songez aux chasseurs de Leyde.

Ketjen fronça son joli front pour réfléchir.

—Je crois, dit-elle en hésitant, je crois que c'est monsieur van... der Krop.