[1] Campagne des Hollandais en Belgique en 1831, qui se termina par la bataille de Louvain.
[VI]
LE VOITURIER LIMBOURGEOIS
—Bonjour, messieurs, dit Christophe Hermans en attelant son gros cheval à la charrette couverte d'une banne, qui devait nous conduire quelques lieues plus loin, bonjour, messieurs!
Ce dernier mot lut pour nous une déception. Quelque misérable que fût notre extérieur, quelque sales que fussent devenues nos blouses brabançonnes à la suite d'un voyage de quelques semaines; quelque lâches que tombassent les bords de nos chapeaux; quelque humblement que, la veille au soir, après avoir jeté nos sacs, nous ayons posé les pieds sur la plaque du foyer commun, et avec quelle simplicité et quelle adresse de gens du commun nous avions aidé la vieille grand'mère à couper des haricots pour la provision d hiver, nous n'avions pas réussi à passer pour des marchands ambulants ou des aventuriers; nous étions des messieurs! et devions, nonobstant le triste état de nos finances, préparés à payer, outre notre soupe au lait de la veille au soir, notre logis de la nuit, notre déjeuner du matin, le titre de messieurs!
Christophe Hermans était occupé, ai-je dit, à atteler son gros cheval à la charrette, et se livrait à cette besogne dans une petite cour intérieure où ses poules et ses dindons lui couraient dans les jambes, en s'entretenant continuellement avec le cheval.
—Attention, aujourd'hui, sais-tu! tu auras ton filet à mouches neuf sur le dos, et les sonnettes neuves aux oreilles. Recule un peu, camarade; ne vois-tu pas que tu vas marcher sur la patte du chat? Vois-tu, nous mettons un bon tas de foin dans le sac. Aussi faudra-t-il bien marcher, etc.