[4] Adversité.

[5] La prudence est la mère de la sagesse.


[III]

UNE MÉNAGERIE.

Les peines infamantes sont
1° Le carcan;
2° Le bannissement;
3° La dégradation civique.
Code pénal, liv. 1, art. 8,


Non, je ne veux pas aller à la ménagerie! Je n'y tiens pas. Ne me dites pas que c'est une chose intéressante, et qu'il faut avoir vue; qu'on ne peut être reçu dans une bonne société, si l'on n'a soit du bien soit du mal à dire des boucles, des favoris et du courage du propriétaire, du lama, de l'éclairage de la tente, et des deux tigres en cage; ne me racontez pas que vous avez failli voir un malheur arriver, que vous avez surpris une attitude originale et pittoresque de quelque monstre dans un moment où personne autre ne le remarquait; ne me dites pas qu'il faut aller voir le fruit des sueurs et du sang de plusieurs pêcheurs à la ligne, dévoré en un instant par l'avide pélican, et comment le boa constrictor avale tout d'un coup un bouc de Leyde, sans oublier les cornes: ne criez pas qu'on doit avoir son anecdote sur le casoar, son bon mot sur les singes, et son quiproquo sur les ours. À tout cela, je réponds: Je haïs la ménagerie! et je vais vous dire les motifs de mon aversion.

Une ménagerie! ah! savez-vous ce que c'est? Une réunion, dites-vous, d'objets d'histoire naturelle aussi intéressante pour les savants ...—Que pour l'ami des bêtes, voulez-vous dire?—Non, pour tout homme qui s'intéresse aux créatures qui vivent avec lui sur ce vaste globe. Vous dites bien: mais alors je voudrais voir ces créatures comme je les vois sur la planche première de toute Bible à images, disposées entre elles en beaux groupes, toutes dans leur attitude naturelle: le lion, la patte de devant levée, comme prêt à rugir; le kakatoès, regardant du haut d'une branche, comme s'il voulait voir la couleur des cheveux d'Adam, et non pas, je vous le dis, en éternel mouvement dans ces affreuses cages de fer; le boa, à l'horizon, sur un arbre, roulé en élégants anneaux et regardant la fatale pomme; l'aigle, planant au haut des airs comme un point à peine visible ou plutôt tout à fait invisible, que de le voir dans cette ménagerie. Comme cela, ce serait agréable et intéressant pour moi... Mais ici, dans ces cages étroites, resserrées, derrière ces barreaux épais, dans cette attitude d'esclaves sans défense, opprimés et pleins d'anxiété!... Oh! une ménagerie, c'est une prison, un hospice de vieillards, un cloître de moines mendiants amaigris par le jeûne; c'est un hôpital, un Bedlam pour les idiots.

Vous n'avez pas encore vu de lion; vous vous figurez quelque chose de majestueux, un idéal de force, de grandeur, de dignité et de courage, un être tout fureur, mais se contenant par empire sur lui-même aussi longtemps qu'il le veut: le roi des animaux! Eh bien, transportons-nous en imagination dans les déserts de Barbarie.