[DEUXIÈME ÉDITION]
Voilà ce que j'écrivais il y a six mois. Un seul mot encore.
On m'a reproché qu'il n'était pas bien d'avoir transformé l'ami auquel j'ai dédié mon livre, en un véritable patient, à propos de fautes d'impression. On s'est beaucoup ingénié à désigner les originaux des personnages que j'ai mis en scène, et que vu à ma grande satisfaction que dans chaque ville, que j'y sois jamais allé ou non, on m'a su nommer six ou sept personnes qu'on affirmait très-formellement avoir posé pour tel ou tel de mes portraits. Je ne croyais vraiment pas que, dans ce bas monde, tant de nurks et de stastok exhibassent leurs aimables qualités, et suis étonné du zèle obligeant qu'on met à les montrer du doigt. Toutefois, je ne puis interdire ce plaisir au bon public, ni m'en formaliser; mais je prends la liberté de rappeler les paroles de l'anonyme dans son livre toujours inédit, et de déclarer en conscience que ma Chambre obscure est toujours placée sans intention malicieuse, et que je ne la tourne ni la retourne, et ne lui imprime jamais le moindre mouvement avec le dessein de la pointer d'une façon indiscrète. Que je n'aie encore pu l'installer au sommet du Godesberg, ni sur le dôme de Milan, j'en suis particulièrement fâché pour ceux qui aiment les choses grandioses et étrangères; mais il est évident pour moi que le plus grand nombre s'est montré satisfait de mes petits tableaux, de mes tableaux hollandais. Il faut savoir que, grâce aux vivants et aux morts, nous connaissons si bien les étrangers, que ç'a été une chose pleine de charmes que de remarquer dans nous-mêmes nos propres changements.
Je saisis cette occasion pour m'excuser auprès d'un vieil ami que je connais depuis neuf ans, de l'accusation relative au Mouchoir bigarré de la page 4. Il a déclaré qu'il n'en avait jamais possédé un, et je soulage ma conscience en signalant ici sa rectification. Les acclamations des mères hollandaises pour l'éloge de leurs enfants, du professeur Vrolyk, à propos d'Une Ménagerie (bien que ce dernier morceau ne paraisse pas le meilleur), et surtout votre approbation, sont des augures favorables qui ne peuvent être que flatteurs pour moi.
Me demandez-vous maintenant si j'ai le dessein de parler encore au public dans ce genre d'écrire? Je réponds qu'après avoir reçu autant d'encouragements que je pouvais espérer d'en recevoir, il y aurait étrangeté et aussi véritable ingratitude à abandonner ce genre; attendez-vous donc avec le temps à de nouvelles représentations de la Chambre obscure, et toi, mon ami, accepte pour la seconde fois la dédicace de ce volume.
[ANNEXE À LA TROISIÈME ÉDITION POUR FAIRE SUITE AUX PIÈGES PRÉCÉDENTES.]
Près de douze ans se sont écoulés, et les nouvelles représentations promises n'ont pas eu lieu. Il y avait bien déjà, à l'époque de la promesse, quelques esquisses de prêtes; mais le jeu de la Camera obscura, par lequel elles devaient s'accroître de façon à atteindre aux proportions d'un volume, a été interrompu. Le temps d'incipere ludum était là d'une manière pressante. Je pouvais désormais mieux employer mon instrument.
Certains de mes amis assuraient que je n'avais eu depuis que peu ou rien: d'autres pensaient que l'instrument m'avait encore rendu de bons services. Si ce dernier fait est réel, il m'est permis de répéter l'adage: Non lusisse pudet.
Cependant un puissant intérêt a engagé les éditeurs à publier une nouvelle édition du petit livre d'Hildebrand, et ils exprimèrent le désir (le mot reste naturellement sur leur compte), de l'enrichir de ce qu'ils savaient être enfermé depuis longtemps en portefeuille. L'auteur devait-il refuser? C'eût été vraiment le lusisse pudet.