Madame Van Hoel fut la première à se formaliser de cette résolution et fit la remarque que «la déclamation était sans doute au-dessous d'un savant comme Gerrit.» La mère du candidat lui demanda «s'il ne saurait réciter les vers qu'il avait faits pour sa fête à l'âge de douze ans?» Clara sourit, Gerrit persista dans son refus.

—La plus jolie pièce, dit Wagesteert pour donner à l'affaire qui devenait sérieuse une autre tournure, la plus jolie pièce que j'aie entendue de ma vie, c'est un quatrain sur Beronicius qui était un grand poète, et, permettez-moi de le dire, un grand ivrogne.

—Oh! voyons donc ce quatrain, monsieur Wagesteert! dit madame Stork, voyons-le donc!

—Madame! répondit Wagesteert d'un ton solennel, c'est une épitaphe, une épitaphe, pour le grand Beronicius qui a trouvé une mort subite dans un fossé bourbeux. La voici:

Ci gît un génie admirable,
Qui vécut, mourut en pourceau;
Car cet ivrogne insatiable,
Vécut de vin, mourut dans l'eau.

Quelque spirituellement qu'il fût débité, ce chef-d'œuvre de Buizero n'excita pas les rires que Wagesteert eût voulu lui voir provoquer. Il sentit le besoin de faire une nouvelle pointe, et Gerrit en fut la victime.

—Savez-vous, monsieur le candidat en médecine, ce qu'il y a de mieux dans cette pièce?

—Pas le moins du monde! dit Gerrit d'un ton très-expressif.

—Comment vous ne voyez pas quel grand éloge du défunt elle renferme?

—Non! dit Gerrit presque déconcerté par le singulier homme, vis-à-vis duquel il savait qu'on ne pouvait se tenir assez sur ses gardes.