Madame Deluw n'insista pas pour voir le livre. Pour autant que put le remarquer monsieur Bruis, le susdit livre ressemblait étonnamment à certain petit volume intitulé: Amours et amourettes de Napoléon, volume dans lequel une fille de seize ans peut, à coup sûr, apprendre bien des choses plus ou moins édifiantes.

Pendant quelques instants le trio demeura assis, et madame Deluw seule adressa à plusieurs reprises la parole à sa fille afin d'en tirer quelque phrase qui mît au jour son mérite transcendant; de temps en temps elle hochait la tête en regardant les petits garçons qui se baignaient à un quart de lieue de là.

—Oh! dit Mina, tandis que ses doigts se crispaient fébrilement sur le volume qu'elle mettait à la lettre en pièces... Oh! c'est affreux qu'on soit si peu chez soi ici!

En cet instant, une voix à demi contenue fit entendre son nom.

—On t'appelle, ma fille! dit madame Deluw.

—Non, maman! dit Mina, et elle faillit déchirer la couverture du volume.

Monsieur Bruis abattait avec sa canne les pissenlits et les pâquerettes qui émaillaient le gazon.

—Mina! cria la voix sur le même ton, pourquoi donc ne viens-tu pas? Le vieux est en ville, et Jeannette dit que ta chère maman est au pavillon avec un mufle étranger.

La chère maman regarda sa chère fille. Le mufle étranger fit comme s'il ne s'apercevait de rien, et se rapprochant du bord du canal, parut consacrer toute son attention à un trekschuit qui s'approchait et auquel il eût crié de tout son cœur: Voyageur! s'il eût eu avec lui son surtout et sa valise.

Les yeux de madame Deluw lançaient des étincelles; elle pinça le bras de Mina.