M. Van der Hoogen se leva:

—Et qui êtes-vous, Monsieur? s'écria-t-il, mais sans se maintenir longtemps au ton qui convenait à une pareille interpellation. Et qui êtes-vous, Monsieur, pour venir me faire la leçon dans ma propre chambre? Je vous tiens pour un...

—Pas d'injures, dit Hildebrand en se levant à son tour, et il ajouta:

—Votre colère m'effraie aussi peu que ces fleurets.

M. Van der Hoogen alla se rasseoir.

—Vous parlez de faire la leçon! continua Hildebrand. Votre nom, votre réputation, votre position dans cette ville, tout est entre mes mains. Je connais votre origine, monsieur Van der Hoogen; elle s'accorde peu avec les airs que vous vous donnez; je connais votre conduite antérieure, votre conduite ici, et tout aussi bien votre conduite comme fonctionnaire, et vos récentes machinations pour éloigner des personnes qui se trouvent sur votre chemin. Prenez garde!

—Vous voulez faire mon malheur, grommela entre ses dents M. Van der Hoogen.

—Je veux garder de malheur ceux qui valent mieux que vous, reprit l'autre. Ecoutez: je me déclare en premier lieu le protecteur de mademoiselle Noiret; vous ne la toucherez plus du doigt. Désormais vous ne lui adresserez plus un mot; vous ne vous permettrez même plus de la saluer. Si j'apprends que vous Payez importunée le moins du monde, toute la ville saura ce que vous êtes, depuis le baron Van Nagel jusqu'à votre hôtesse. Ensuite, vous aurez à diminuer le nombre de vos visites chez monsieur Kegge, et vous renoncerez à exercer sur sa fille quelque influence que ce soit. Dès que j'apprendrais la moindre démarche contraire à la défense que je vous fais, ce billet serait mis sous les yeux de monsieur Kegge. Pour le moment, je laisserai les choses dans l'état où elles sont. J'exige donc ces deux choses, monsieur Van der Hoogen. Réfléchissez-y.

—C'est bien! murmura-t-il, et comme si elles en pouvaient mais, il écrasa en mille morceaux les coquilles vides sur son assiette.

Hildebrand partit plus léger de mille livres que lorsqu'il avait monté l'escalier.