Quelque sincérité qu'il ait pu mettre dans les paroles qu'il adressa à Louis-Philippe, en le prévenant que dans sa pensée la liberté passait avant la reconnaissance, il est triste de voir un homme d'État réduit par ses vices à de pareilles extrémités.

M. Benjamin Constant mourut la même année, le 8 décembre, dans sa soixante-troisième année.

Malgré ses fautes, son nom est resté presque populaire. Il aimait la jeunesse. La jeunesse de la Restauration ne détestait ni les viveurs, ni les libertins, ni les joueurs, pourvu qu'ils eussent d'éloquentes paroles n faveur de la liberté. Elle se plaisait à contempler cette tête encadrée avec je ne sais quelle négligence d'artiste et de grand seigneur, de longs cheveux blonds et rares. Elle aimait ce visage sur lequel toutes les passions avaient laissé comme un reflet de nos agitations publiques.

Ces hommes du monde révolutionnaire rappelaient à la France, humiliée sous le joug clérical et monarchique, de grands jours écoulés. Elle leur passait leurs vices, leurs faiblesses, et saluait en eux l'ombre de la Révolution!

FIN.

NOTES

[1] Voir notre portrait de Mme de Staël.

[2] Voir le Dictionnaire de la Conversation.