«Jamais société ne deviendrait plus chère à la patrie, ajoutai-je, si ne se bornant point à protéger par des encouragemens quelques petits chefs-d'œuvre sur lesquels glisse légèrement l'œil du vulgaire, elle daignait s'intéresser au rétablissement, à l'ornement, à la conservation de ces grandes masses, de ces magnifiques édifices, de ces superbes monumens qui frappent d'étonnement l'amateur le moins exercé, et qui font véritablement la gloire des monarques et des nations; si, en fixant son attention sur ces palais enchantés, sur ces somptueuses conceptions du génie français, elle s'occupait encore de multiplier les simples et modestes asiles déjà établis dans la capitale, où la pauvreté laborieuse pût exercer tous les genres d'industrie, où l'indigence infirme trouvât des secours assurés; et si, par ces institutions véritablement libérales, elle réussissait à détruire le fléau de la mendicité[12], ce fléau, la honte d'un peuple destiné par la nature à jouer un des premiers rôles en Europe.
«L'établissement d'une autre maison de secours, absolument nécessaire en France, d'une maison d'invalides religieux, destinée à recevoir cette classe d'hommes indispensables dans toute société policée, devrait être provoquée par les vrais philanthropes, ne fût-ce que par respect pour la dignité nationale. Je veux parler de la fondation dans chaque département, d'une maison d'asile ou de refuge pour les ministres du culte de l'état, infirmes ou sans emploi, et dans laquelle ils trouveraient une existence assurée et les premiers besoins de la vie satisfaits. Une telle perspective pour leurs vieux jours les rendrait moins rares; la morale y gagnerait, et ils en seraient plus respectés. Je crois connaître assez les Français, pour être convaincu qu'il n'est pas même un vrai philosophe qui ne me dît à ce sujet avec Térence: Vous avez raison; et nihil humanum a me alienum puto. Mais où sont les fonds? C'est la plus forte objection. Où sont-ils? Je répondrai: Tous les Montyon[13] ne sont pas morts dans ce pays renommé par une bienfaisance si journalière et si active.
«Une fois l'établissement ouvert et préparé par les soins du gouvernement, la libéralité des cœurs généreux, et un franc seulement pris chaque année sur le traitement des prêtres en activité[14], auraient bientôt assuré les capitaux nécessaires pour l'entretien de ce pieux hospice.
«Peut-être ne serait-il pas indigne de la patrie des lettres et des arts, d'établir dans les cinq grandes villes du royaume, Paris compris, Lyon, Strasbourg, Nantes et Bordeaux, des hôtels d'invalides pour les artistes et les hommes de génie, rarement économes, et par suite de ce défaut de prévoyance, malheureux dans leurs vieux jours. Il serait honteux pour un siècle tel que le nôtre, de voir un Homère[15], un Le Camoens[16], un Le Tasse[17], un Cervantes[18], un Malfilâtre[19], un Dorvigny[20], un Dellamaria[21], un Gilbert[22], confondus dans un hôpital avec les derniers des humains. Alors aucun homme de lettres ne serait plus autorisé à répéter avec ce dernier poète, ces lamentables vers:
«Au banquet de la vie, infortuné convive,
J'apparus un jour, et je meurs!
Je meurs! et sur ma tombe où lentement j'arrive,
Nul ne viendra verser des pleurs.
CHAPITRE IV.
Moyens faciles d'embellir Paris et d'en faire disparaître les plus ignobles quartiers, tout en conservant les monumens les plus remarquables.—Indication sommaire des principales antiquités de Paris.—Plaintes fondées sur la destruction des plus beaux édifices de France.—Château de Chambord.—Comment on peut préserver les édifices célèbres des ravages du vandalisme.—Fontaines de Paris.—Purification des eaux.—Projets du docteur Doé.—Nouvel édifice thermal.—Tableau de Paris, en suivant les plans de l'auteur.
«De nouveaux tributs d'hommages seraient encore prodigués à la réunion des Amis des arts, si, autorisée par des ordonnances royales, cette société proposait successivement, chaque année, des transactions aussi utiles, dans leur ensemble, pour le gouvernement, que lucratives, dans leurs détails, pour les particuliers.
«Si cette société, dis-je, engageait de riches capitalistes à se rendre adjudicataires des plus ignobles quartiers de Paris, et à les rebâtir à neuf[23], sous la condition expresse de payer aux propriétaires actuels les indemnités fixées par de justes estimations; si, dans les constructions nouvelles, on suivait constamment un plan où des rues symétriquement alignées[25], où des places spacieuses dégageraient avec une sorte de respect les anciens édifices, même les ruines[26], et leurs précieux débris, qui seraient conservés et restaurés, lorsque de grands souvenirs historiques et littéraires se rattacheraient à leur existence.
«Je puis vous citer entre autres les Thermes de Julien dont un excellent peintre, M. Bouton, a très-bien esquissé dans un de ses tableaux le genre de restauration convenable. On en pourrait faire une succursale du Musée, et y placer les statues et les sculptures du Bas-Empire. Aucun édifice, mon cher Grec, ne serait plus propre à les recevoir.