«Au-dessous, et dans toute la longueur de cette longue terrasse, exhaussée de quelques pieds, dit cet honorable pair, on serait à même de pratiquer un immense manége destiné aux princes, qui pourraient ainsi prendre commodément en hiver l'exercice du cheval, dont ceux qui commandent aux peuples ne doivent jamais perdre l'habitude[177].»

«Les jardins des Tuileries, reprit Philoménor, sont généralement bien tenus[178]. Aucuns marbres cependant ne devraient y être brisés ou renversés[180]. Quelquefois les statues des bosquets et des terrasses ont perdu des doigts, une main, un pied; il serait bon de leur rendre sans délai des parties qui leur furent enlevées par la malveillance la plus barbare, et qui sont le complément de leur beauté.» «Hélas! repris-je, comment d'autres malheurs n'arriveraient-ils pas? ils sont souvent la suite d'une tolérance indiscrète ou d'une surveillance peu rigoureuse.

En voulez-vous des exemples dont tout Paris est témoin. Fait-on une revue au Carrousel, aussitôt des hommes à souliers ferrés se portent et montent sur les piédestaux de l'arc de triomphe, en écornent les pierres, sans que personne les en empêche; il est facile à ce sujet de convaincre les plus incrédules. Donne-t-on des fêtes à Saint-Cloud, à Versailles ou dans quelques autres maisons royales, les pièces de verdure extérieures, et même celles des parterres fermés qui décoraient au printemps les bords des eaux ou des bois enchantés qui les environnent, disparaissent en partie sous les pas des promeneurs, et ne présentent plus à l'œil affligé que des tapis arides, desséchés et à moitié détruits. Des gardes plus nombreux, s'il le fallait, seraient bien utiles pour leur conservation; et je crois que personne n'aurait lieu de se plaindre si ces surveillans forçaient le public à suivre les chemins tracés et à respecter les ornemens de ces beaux lieux.

«J'ai été témoin d'un abus heureusement réformé à Saint-Cloud. Souvent le dieu du fleuve, la nymphe de la cascade, son urne mystérieuse, étaient couverts de curieux qui, en montant et en descendant, brisaient ou risquaient d'endommager ces divinités fragiles, outrages, qui faute de gardiens plus multipliés, arrivent souvent dans nos Musées[181].

«On a fait plus; qui le croirait! des profanateurs ont gravi jusque sur le sommet du rocher de Versailles; ils ont violé la grotte sacrée, dite des bains d'Apollon, et ravi la main du dieu qui y préside avec tant de grâce et de majesté; le même délit a été commis sur les statues des différens frontons de la même résidence royale, où les colonnes des pavillons[182], endommagées dans leur longueur, doivent éveiller l'attention spéciale de l'architecte et exiger le travail des plus habiles ouvriers.

«Je le répète, ne serait-il pas préférable de se mettre à l'abri de pareils accidens plutôt que d'être condamnés à les réparer? Ailleurs, souvent, faute de sentinelles, les bas-reliefs de nos fontaines servent de jouets à l'enfance inconsidérée, et sont exposés aux plus désolantes mutilations[183].

CHAPITRE XXVI.

Guichets des Tuileries.—Passages infectés par des immondices.—L'invention de M. Dufour, perfectionnée par de nouveaux essais, devrait être généralisée dans tout Paris.—Éclairage mesquin du Palais, les jours de réception.—Projet plus digne de la majesté du lieu.

Nous sortions des Tuileries, et nous étions près de traverser un des guichets, je vis Philoménor respirer un flacon d'essence de Chypre. «Je ne puis m'empêcher de m'en plaindre tout haut, murmurait-il avec chagrin; est-il concevable que dans tous les quartiers de cette métropole des arts, et principalement si près du palais du roi, les guichets et les passages soient salis, dégradés et même empestés[184] par des immondices qui excitent des cris et des réclamations presque universels, sans qu'aucune autorité songe à s'opposer à cette espèce de profanation. Que dites-vous encore, ajouta-t-il de ces petits lampions qui, le soir, éclairent l'entrée des Tuileries, aux jours de grande réception. Deux génies de bronze, soutenant deux phares magnifiques, annonceraient, ce me semble, un peu mieux, la majesté royale.

CHAPITRE XXVII.