Quelques réflexions sur les fondateurs de nos principaux monumens.—École Militaire.—Quelle pourrait être sa destination.—Champ de Mars.—Y élever des amphithéâtres.—En entretenir et en planter les terrasses.—Utilité de ces réparations.—Mot très-vrai de M. de Lacretelle sur nos fêtes publiques.—On doit conserver les édifices élevés pendant la révolution.—Il faut leur imprimer des formes royales.—Colonne de la Place Vendôme.—Arc de Triomphe du Carrousel.—Tuileries.—Étonnement très-fondé de Philoménor.—Statues des niches et portiques du Palais, des Jardins et Bosquets.—Réaliser un projet de M. le duc de Lévis.—Surveillance trop peu sévère au Carrousel, et en quoi.—Jours de revue.—Saint-Cloud.—Versailles.—Dévastations non réprimées dans les parcs et parterres de ces résidences.—Bains d'Apollon violés.—Rocailles et ornemens des bosquets fermés et publics.—Colonnades du Château.—Les vrais moyens de restauration n'ont point été employés dans les bois détruis en 1815.—Accidens arrivés aux monumens de Paris.

«Beaucoup de monumens ont été construits par les derniers souverains de la dynastie régnante; les chiffres des princes qui les ont fait bâtir en sont garans; on doit une reconnaissance éternelle à François Ier, à Louis XIV, à Louis XV et à Louis XVI; on en devra plus au roi philosophe qui, dans les temps les plus difficiles, a suivi les plans tracés par ses aïeux, avec le projet de les achever et de les embellir. Cependant, comme il est plus important de maintenir ce qui existe que de créer, je voudrais que l'édifice le plus marquant du règne de Louis XV, l'École-Militaire, édifice dont la splendeur fixait l'admiration de tous les étrangers, pour l'élégante distribution de ses portiques et surtout pour ses grilles d'un travail et d'un fini unique, cessât de rester une caserne, où les dégradations se multiplient d'un jour à l'autre et ajoutent encore à celle du temps et d'une révolution dévastatrice. Eh quoi! la chancellerie de la Légion-d'Honneur a son palais; pourquoi l'ordre royal et militaire de Saint-Louis n'aurait-il point le sien dans cet hôtel bien digne d'y recevoir un chancelier et ses archives? C'est selon moi le seul moyen de tirer cet ancien établissement de l'état de délabrement où il est réduit, si Sa Majesté ne le rend pas à sa primitive destination.»

«Les vrais partisans de la monarchie seront d'accord avec vous sur ce point, me dit Philoménor en m'interrompant. Tout près, comme le peuple roi, vous avez, je me le rappelle, un vaste Champ-de-Mars; souvent les Parisiens y sont attirés par des évolutions militaires, de grandes revues, une distribution de drapeaux, quelquefois par des banquets populaires ou des courses publiques. Malgré un emploi si fréquent, à peine a-t-on songé à prévenir les désagrémens qui résultent de son grand éloignement de toute habitation; grave inconvénient, dont vos compatriotes m'ont appris qu'on s'était complètement aperçu le jour de son inauguration. On y est brûlé par un soleil ardent, et souvent inondé par des averses inattendues, avant d'avoir pu regagner la ville. Au lieu de ces pavillons provisoires, petits, écrasés, insignifians, que n'a-t-on construit en regard deux édifices en forme de citadelle, qui dans les cérémonies serviraient à recevoir les autorités et à recueillir le reste de l'année tout le mobilier, que l'on sentira, un jour, je l'espère, être indispensable pour les fêtes que l'on y donne, telles que des tentes nombreuses que l'on dresserait, et que l'on ôterait à volonté, des draperies, des jalons, des filets, etc., en un mot tout ce qui serait reconnu utile pour l'agrément, la sûreté et la commodité publique[175].

«On a bien exhaussé le terrain dans le pourtour de son enceinte. Ces travaux immenses produisent maintenant peu d'effet; des éboulemens ont eu lieu, le terrain s'est affaissé, par suite de la négligence que l'on a mise à réparer les terrasses. Les derniers rangs des curieux voient peu et sont souvent privés de cette espèce de spectacle. Votre gouvernement employerait dont très-à-propos, dans la morte saison, quelques ateliers pour soutenir, relever, distribuer en gradins ces amphithéâtres de verdure, et surtout pour abriter par de nouvelles plantations les nombreux spectateurs qui assistent chaque année à ces réunions nationales.»

«Ami de la vénérable antiquité, je n'en suis pas moins, mon cher Grec, le conservateur zélé de tout ce qui a été fait de bon, même pendant le trop long interrègne de nos rois. Tous les vrais Français sont loin d'être des Vandales. Jamais ils n'imiteront les apôtres de l'anarchie. Laissons donc subsister ce qui dans tous les temps sera toujours beau, lorsqu'il ne conserve plus d'emblèmes incompatibles avec notre gouvernement: ne peut-on pas imprimer des formes royales à certains monumens, élevés aux dépens de la France, qui ont été dégradés par suite de l'invasion de 1815, et principalement ceux qui se trouvent placés près de la résidence du souverain?

«Quand le génie de la victoire, un pied en l'air, les ailes déployées, tenant dans sa main la trompette héroïque, semblera-t-il s'envoler du sommet de la colonne de la place Vendôme, et répandre en tous lieux l'éclatante renommée de nos armes?

«À l'arc de triomphe du Carrousel les bas-reliefs ont été arrachés. C'était le droit du plus fort; il n'y reste plus rien qui retrace celui qui le fit élever: le moment est sans doute arrivé de remplacer ces bas-reliefs par des marbres, où nos sculpteurs pourraient représenter les faits mémorables des Victor, des Moncey, des Macdonald et des Lauriston.

«Les alliés ont enlevé les chevaux de Corinthe, qui faisaient un si bel effet dans l'endroit où ils étaient placés. Un nouveau quadrige qui, je l'avoue, n'aurait pas le mérite de l'antiquité, mais qui serait plus parfait peut-être, s'il était travaillé par la main de nos artistes, serait bien capable de nous consoler de cette perte. En descendant les Renommées on a brisé la corniche du monument[176]; n'est-il pas urgent de réparer ces accidens de la maladresse et de l'imprudence?»

Nous avions pénétré dans la cour. Philoménor remarqua, avec douleur, sur les murs et les colonnes du palais l'empreinte des boulets et des balles dirigés contre cette auguste demeure de nos rois, dans des journées d'exécrable mémoire. Il eût voulu que des réparations peu coûteuses effaçassent des souvenirs aussi déchirans. Il eût voulu encore que tous ces Romains, si noircis par le temps et si horriblement mutilés, placés sous les galeries avec la Vénus et le Faune qui accompagnent le vestibule (côté du jardin), fussent absolument remis à neuf, comme une décoration essentielle du palais.

«Ne serait-il point utile de réaliser une idée très-heureuse de M. le duc de Lévis? Il faudrait que la terrasse du côté de la rivière, où se remarquent de bonnes copies d'antiques, fût encore ornée de fleurs et d'arbustes, et servît de promenade particulière au château.