« Je dis à M. de Ronsard: « Ne vous semble-t-il pas voir cette belle reine, en tel appareil, paraître comme la belle Aurore, quand elle vient à naître avant le Jour, avec sa belle face blanche et entournée de sa vermeille et incarnate couleur ? » Au bal, le soir, elle aimait à danser « la pavane d’Espagne et le pazzemano d’Italie. Les passages y étaient si bien dansés, les pas si sagement conduits, les arrêts faits de si belle sorte, qu’on ne savait que plus admirer, ou la belle façon de danser, ou la majesté de s’arrêter, représentant maintenant une gaieté, et maintenant un beau et grave dédain. »

Et croyez que le bon roi ne se faisait faute de divertissements.

Il fut de ses sujets le vainqueur et le père.

Les filles d’honneur de Marguerite pourraient en témoigner; de là intrigues, querelles et comédies conjugales, dont l’une est racontée fort joliment et fort naïvement par la reine; Mlle de Fosseuse était l’héroïne: « Le mal lui prenant un matin, au point du jour, estant couchée en la chambre des filles, elle envoya quérir mon médecin et le pria d’aller avertir le roi mon mari, ce qu’il fit. Nous étions couchés en une même chambre en divers lits, comme nous avions accoutumé. Comme le médecin lui dit cette nouvelle, il se trouva fort en peine, ne sachant que faire, craignant d’un côté qu’elle ne fût découverte et de l’autre qu’elle ne fût mal secourue, car il l’aimait fort. Il se résolut enfin de m’avouer tout et me prier de l’aller faire secourir, sachant bien que, quoi qui se fût passé, il me trouverait toujours prête à le servir en ce qui lui plairait. Il ouvre mon rideau et me dit: « Ma mie, je

Combat dans les rues d’Eauze. ([Page 70.])

vous ai caché une chose qu’il faut que je vous avoue; je vous prie de m’en excuser et de ne vous point souvenir de tout ce que je vous ai dit pour ce sujet. Mais obligez-moi tant que de vous lever tout à cette heure, et allez secourir Fosseuse qui est fort mal; je m’assure que vous ne voudriez, la voyant dans cet état, vous ressentir de ce qui s’est passé. Vous savez combien je l’aime; je vous prie, obligez-moi en cela. » Je lui dis que je l’honorais trop pour m’offenser de chose qui vînt de lui, que je m’y en allais et ferais comme si c’était ma fille; que cependant il allât à la chasse et emmenât tout le monde, afin qu’il n’en fût point ouï parler.

« Je la fis promptement ôter de la chambre des filles et la mis en une chambre écartée avec mon médecin et les femmes pour la servir, et la fis très-bien secourir. Dieu voulut qu’elle ne fît qu’une fille, qui encore était morte. Étant délivrée, on la porta à la chambre des filles, où, bien qu’on apportât toute la discrétion que l’on pouvait, on ne put empêcher que le bruit ne fût semé par tout le château. Le roi mon mari, étant revenu de la chasse, la va voir, comme il avait accoutumé. Elle le prie que je l’allasse voir, comme j’avais accoutumé d’aller voir toutes mes filles quand elles étaient malades, pensant par ce moyen ôter le bruit qui courait. Le roi mon mari, venant en la chambre, me trouva que je m’étais remise dans le lit, étant lasse de m’être levée si matin et de la peine que j’avais eue à la faire secourir. Il me prie que je me lève et que je l’aille voir; je lui dis que je l’avais fait lorsqu’elle avait besoin de mon secours, mais qu’à cette heure elle n’en avait plus à faire; que si j’y allais, je découvrirais plutôt que de couvrir ce qui était, et que tout le monde me montrerait au doigt. Il se fâcha fort contre moi, et, ce qui me déplut beaucoup, il me sembla que je ne méritais pas cette récompense de ce que j’avais fait le matin. Elle le mit souvent en des humeurs pareilles contre moi. »

Ames compatissantes, qui admirez la complaisance de la reine, ne la plaignez pas trop: elle punit le roi à Usson et ailleurs, en l’imitant.